‹ Louis AgassizChapitre 122 sur 387 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

guides Jacob Leuthold et Jean Wâhren, qui, l’un et l’autre, avaient accompagné Hugi lors de son ascension du Finsteraarhorn en 1828, et qui connaissaient le mieux tous les dangers des Alpes.

Le glacier inférieur de l’Aar parut être le point le plus favorable pour les divers travaux à entreprendre, ainsi que pour l’ascension des sommités voisines. Sur sa grande moraine médiane se trouvait un énorme bloc de schiste micacé dont un des angles s’avançait en forme de toit; en murant un des côtés, en nivelant, le sol par un arrangement convenable de pierres plates et en suspendant une couverture sur le devant pour en fermer l’entrée, on parvint à translormei le tout en une cabane primitive dans laquelle six peisonnes pouvaient trouver un gîte pour la nuit. I n réduit, abrité par la partie extérieure du bloc, servit de cuisine et de salle à manger, et sous un autre gi os bloc on installa la cave pour les provisions. Telle lut la demeure si connue plus tard sous le nom de « Hôtel des Neuchàtelois ». Ses premiers hôtes furent Louis Agassiz, Edouard I)esor, Charles \ ogt, François de Pourtalès, Célestin Nicolet et Henri de Coulon. Elle offrait peut-être un abri aussi tolérable que l’ancienne cabane de Hugi, dont ils avaient d’abord espéré faire leur demeure temporaire, mais à leur grand désappointement celle-ci s’était écroulée pendant son voyage sur la glace et ses débris gisaient à deux cents pieds plus bas que l’endroit qu’elle occupait 1 année précédente.

Le travail fut immédiatement distribué entre les différents membres de l’expédition. Agassiz, seconde par son jeune ami et élève favori, François de

AGASSIZ AU GLACIER DE L’aAR

Pourtalès, se réserva les observations météorologiques et particulièrement celles sur la température des glaciers 1 ; M. Yogt entreprit l’étude microscopique de la neige rouge et des êtres organisés qu’elle contient; M. Nicolet, la flore des glaciers et des rochers environnants, et M. Desor les phénomènes glaciaires proprement dits, y compris les moraines; dans ses longues et pénibles excursions, il avait comme aide et compagnon M. Henri de Goulon.

Nous n’entrerons pas ici dans les détails scientifiques. Le résultat des recherches d’Agassiz sur les glaciers des Alpes est exposé dans ses « Etudes sur les glaciers » et son « Système glaciaire », ouvrages auxquels il consacra une grande partie de son temps et de ses forces pendant dix années, soit de 1836 à

Le professeur Guyot donne le court résumé suivant des travaux exécutés par Agassiz et ses compagnons pendant ces années-là : « La position de dix-huit des « principaux blocs du glacier fut déterminée par un « habile arpenteur, au moyen d’une triangulation « exacte; puis elle fut mesurée chaque année pour « établir le degré de vitesse de chaque partie du gla- « cier; on constata les différences de vitesse tant « entre les parties supérieures et inférieures du gla- « cier qu’entre les diverses saisons de l’année; on « évalua la quantité de glace fondue annuellement,

1 Voir les Tables de température, dans le Système glaciaire, d’Agassiz. Ces résultats sont aussi mentionnés dans b‘S Séjours dans les glaciers, par E. Desor, qui contiennent des détails intéressants et humoristiques sur les séjours et excursions d’Agassiz et de ses compagnons dans les Alpes, pendant plusieurs étés.

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