CHAPITRE X
« enfin, on étudia tous les phénomènes se rattachant « aux glaciers. Les pics environnants, tels que la « Jungfrau, le Schreckhorn, le Finsteraarhorn, con- « sidérés la plupart comme inaccessibles, furent « escaladés, et l’on parvint ainsi jusqu’à la limite « supérieure de l’action glaciaire; en un mot, toutes « les lois physiques des glaciers furent mises en « lumière L »
Après plusieurs jours employés à l’étude des phénomènes locaux, nos explorateurs portèrent leur attention sur la seconde partie de leur programme et, en particulier, sur l’ascension de la Strahlegg qui devait être terminée par une descente sur Grindelwald. En conséquence, un matin de la lin d’aoùt, les guides, suivant qu’il avait été convenu, les réveillèrent à trois heures, c’est-à-dire une heure plus tôt qu’à l’ordinaire; mais au premier coup d’œil jeté hors de la hutte, il y eut un cri général de désappointement, car on était cerné de tous côtés par un épais brouillard. Leuthold, toutefois, alluma le feu et prépara le déjeuner en les engageant à ne pas désespérer, car le soleil pourrait bien tout arranger. En effet, un peu plus tard, apparurent l’une après l’autre les cimes du Schreckhorn, du Finsteraarhorn, de l’Oberaarhorn, de l’Altmann, du Scheuchzerhorn qui, surgissant comme des îles du milieu de l’océan de brouillards, étincelaient aux premiers rayons du soleil et peu à peu les vapeurs finirent par se dissiper.
Au bout de trois heures, les ascensionnistes arri-
1 Voir Y Esquisse biographique, publiée par A. Guyot, sous les auspices de l’Académie nationale des États-Unis.
AGASSIZ AU GLACIER DE L’AAR
vèrent au piecl de la Strahlegg. Leuthold et Wâhren avaient engagé trois autres hommes, mais aucun de ces cinq guides n’était de trop, vu les nombreux instruments qui devaient être transportés avec soin. « Nous nous rangeâmes à la file, écrit Desor, pour « laire la montée : Leuthold et Wâhren marchaient « en tête, sondant le névé pour s’assurer s’il ne ca- « chait pas quelque crevasse. Peu cà peu la pente « devint très raide, et la neige tellement fine et « incohérente, qu’on y enfonçait jusque par dessus « les genoux. Craignant alors qu’il n’y eût quelque « mauvaise chance à courir, nos guides jugèrent « convenable de nous attacher les uns aux autres, à « 1 aide d’une longue corde que nous avions emportée
« dans ce but Leuthold et Wâhren seuls ne s’y
« étaient pas attachés, afin de pouvoir reconnaître « avec plus de liberté le chemin que nous devions « prendre. Il faisait beau voir avec quelle circons- « pection et, en même temps, avec quelle assurance « ces deux intelligents et robustes montagnards nous « (rayaient la route; tantôt foulant la neige pour « nous empêcher de trop enfoncer, tantôt taillant à « coups de hache des marches dans le névé durci, et ce nous encourageant du geste et de la voix à ne pas « changer de pied, à rester toujours à égale distance « I un de l’autre et à ne pas regarder en arrière, vu « que la pente était telle qu’elle pourrait donner le « vertige, même à ceux qui y sont le moins sujets h »
Après une rude montée, ils arrivèrent à neuf heures au petit plateau couvert de neige, qui forme le som-
1 Excursions et séjour de M. Agassis sur la mer de glace du Lauteraar et du Finsteraar, par E. Desor.