‹ Louis AgassizChapitre 124 sur 387 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

met (le la Strahlegg. Le temps était magnifique. Ils avaient à leurs pieds la vallée de Grindelwald et devant eux se dressaient les masses colossales de 1 EigeL et du Mônch, tandis que la Jungfrau s élevait audessus de la longue chaîne des Viescherhôrner, plus bas, on apercevait la Scheidegg, le Faulhorn, le Stockhorn et la pyramide du Niesen. Ils se débarrassèrent de leur corde et déposèrent leurs instruments, puis, au premier moment d’enchantement et d admiration silencieuse, succéda une explosion de lolle joie, si nous en jugeons d’après le journal du plus jeune d’entre eux, François de Pourtalès, alors âgé de dixsept ans : « Les guides se mirent à lutter à la façon « des montagards des Alpes et nous à danser, lorsque « tout à coup nous vîmes un chamois, suivi de son « petit, gravir le flanc de la cime la plus voisine et « un instant après, quatre ou cinq autres vinrent « tendre le cou au-dessus d’un rocher pour voir ce « qui se passait. Lutteurs et danseurs s’arrêtèrent « en retenant leur souffle, de peur de déranger par « le moindre mouvement des êtres si craintifs. Ces « jolis animaux s’approchèrent de nous jusqu’à une « petite portée de fusil, puis, prenant le galop, dis- « parurent bientôt derrière une arête de rochers. » Nos explorateurs passèrent au sommet delà Stiahlegg près d’une heure employée à faire différentes observations et à prendre des mesures, puis s’étant réconfortés avec les provisions qu’ils avaient apportées, ils commencèrent la descente, qui s’opéra d’autant plus promptement qu’une grande partie put se iaiie en glissant; ils évitèrent ainsi une marche lente et pénible. « Arrivés au pied de ces pentes de neige,

AGASSIZ AU GLACIER DE L’AAR

« (lit encore le journal du jeune de Pourtalès, des « rochers presque verticaux, d’étroites bandes de ce terrain recouvertes de gazon nous servirent de « chemin et nous permirent d’atteindre le glacier de « Grindelwald. Nous fûmes obligés de traverser une « crevasse d’une grande profondeur et d’une vingtaine « de pieds de largeur, en nous servant d’un étroit « pont de glace dont une des extrémités était brisée, « en sorte qu’il nous fallut sauter par dessus. Une « lois sur le glacier, le reste n’était plus rien; c’était, « à qui courrait le plus vite et bientôt nous fûmes « dans le sentier des touristes. »

Arrivés au village de Grindelwald à trois heures de 1 après-midi, ils eurent beaucoup de peine à persuader les gens de l’hôtel qu’ils avaient quitté le glacier de l’Aar le matin même. Ils s’en retournèrent au Grimsel par la Scheidegg, visitant en chemin le glacier supérieur de Grindelwald et ceux de Schwartzwald et de Rosenlaui, afin de voir de combien ils avaient avancé depuis leur dernière visite. Après un court arrêt à l’hospice du Grimsel, Agassiz revint avec deux ou trois de ses compagnons à sa cabane sur le glacier de l’Aar, pour planter des jalons dans les trous qu’il avait fait percer dans la glace. Il espérait avoir ainsi un moyen de mesurer exactement la

vitesse de la marche du placier.

Les travaux de l’été se terminèrent par l’ascension du Siedelhorn. Pendant toutes ces excursions, on avait mis le plus grand soin à constater jusqu’où l’action de la glace pouvait être reconnue sur les cimes des montagnes et quelle était la limite où cessaient les surfaces polies pour faire place à ces ro-

Page 1