‹ Louis AgassizChapitre 125 sur 387 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

chers bruts et anguleux que la glace n’a jamais façonnés.

C’est pendant ce séjour dans les Alpes que le nom d’Agassizhorn fut choisi par les compagnons d’Agassiz pour désigner une des principales sommités qui dominent le glacier de l’Aar ; ce nom fut admis et ratifié plus tard par le public scientifique. Voici ce que rapporte Desor à ce sujet : « Ayant appris de nos « guides que, de toutes les cimes qui forment le « prolongement du Finsteraarhorn au sud-est, il n y « en avait qu’une qui eût un nom, 1 Oberaarhorn,

« nous décidâmes que nous désignerions les autres « d’après le nom des plus célèbres géologues et phy-

(( siciens suisses Nous proposâmes, à notre tour,

« d’appeler Pic d’Agassiz (. Agassizhorn ) la cime élevée « qui forme le prolongement direct du Finsteraarhorn « au nord, et qui, vue de la plaine, se dessine comme « une arête tranchante orientée dans le même sens « que le Finsteraarhorn lui-même. Sa hauteur est « d’environ douze mille pieds h »

Agassiz était à peine de retour des Alpes, qu il partit pour l’Angleterre. Il avait souvent pensé que les montagnes d’Écosse, la région accidentée des lacs d’Angleterre et les montagnes du Pays de Galles ainsi que celles d’Irlande, devaient présenter les mêmes phénomènes que les Alpes. Le Dr Buckland, qui 1 avait jadis aidé à passer en revue les poissons iossiles de la Grande-Bretagne, s’offrit pour lui servir de guide dans ses recherches sur les traces des glaciers. Sans

1 Excursions et séjour dans les glaciers, par E. Desor, p. 161 et 162.

AGASSIZ EN ANGLETERRE

perdre un moment, dès que la réunion de l'Association britannique à Glasgow, à laquelle ils assistaient tous deux, fut terminée, ils partirent ensemble pour la Haute-Ecosse. Agassiz rappelait encore ce voyage, avec tout l’enthousiasme d’un jeune homme, dans une conférence qu’il donna à son école scientifique de Penikese, quelques mois avant sa mort. Parlant de l’isolement scientifique où il se trouvait alors, par suite de son opposition aux théories de tous les géologues éminents de l’époque, il s’exprimait ainsi : « Parmi les vieux naturalistes, un seul était de mon « côté : le Dr Buckland, doyen de Westminster, qui, « sur mes pressantes sollicitations, était venu en « Suisse dans le but strict d’examiner mes preuves « et qui, pleinement convaincu de l’ancienne exten- « sion des glaciers dans ce pays, consentit à m’ac- « compagner à la recherche de glaciers dans la « Grande-Bretagne. Nous visitâmes d’abord les mon- « tagnes de l’Écosse et c’est un des plus beaux sou- « venirs de ma vie que le sentiment que j’éprouvai,

« lorsqu’on approchant du château du duc d’Argyll,

« dans une vallée assez semblable à celles de la Suisse,

« je dis à Buckland : « Nous trouverons ici nos « premières traces de glaciers ». En effet, lorsque « la diligence arriva dans la vallée, nous passâmes « sur une ancienne moraine terminale qui en mar- « q liait l’entrée ».

Ainsi qu il l’avait prévu, Agassiz constata que dans les montagnes de l’Ecosse, du Pays de Galles et du nord de 1 Angleterre, les vallées, de même qu’en Suisse, étaient souvent traversées par des moraines terminales et bordées par des moraines latérales. Il

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