CHAPITRE X
n’y manquait aucun des phénomènes habituels. Les traces caractéristiques laissées par la glace, qu il connaissait aussi bien que le chasseur celle du gibiei , les raies, les stries, les sillons, les surfaces polies, les roches moutonnées, les rochers durs ou tendres taillés au même niveau, comme si l’on eût employé un outil d’acier, les débris non stratifiés et la distribution de matériaux désagrégés, tout enfin s’accordait
avec ce qu’il ‘savait déjà de l’action des glaciers.
11 visita les fameuses terrasses parallèles de Glen Roy, dans les monts Grampians, à propos desquelles maintes lances avaient été rompues pour la défense des anciennes théories d’alïaissement et de soulèvement. Agassiz reconnut dans ces terrasses parallèles
les rives d’un lac glaciaire, retenu temporairement dans son bassin par les glaciers avoisinants, qui descendaient des massifs supérieurs. Les terrasses marquaient les niveaux successifs auxquels 1 eau s’était arrêtée à mesure que ces barrières dimi-
nuaient et lui permettaient de s’échapper. L’action glaciaire dans cette région était telle qu il ne pouvait
rester aucun
doute dans l’esprit d’ Agassiz sur le lait
que Glen Roy et les « glens », ou vallées voisines, avaient été jadis le bassin par lequel s’opérait l’écoulement des nombreux glaciers qui occupaient aloi s les chaînes occidentales des monts Grampians h
Agassiz revint de son voyage, convaincu que les
i Pour les détails, voyez une notice d’Agassiz, The Glacial Theory and its recent progress , dans le Edinburgh New Philosophical Journal d’octobre 1842, qui est accompagnée d’une carte de la région de Glen Pioy; puis un article intitulé : Parallel Ronds of Glen Roy in Scotland dans le second volume des Geological Sketches,
d’Agassiz.
AGASSIZ EN ANGLETERRE
districts montagneux de la Grande-Bretagne avaient tous été des centres de distribution glaciaire et que les dépôts de graviers et les blocs erratiques, répandus dans tout le pays, étaient dus exactement à la même cause qu’en Suisse.
Le 4 novembre 1840, il lut à la Société géologique de Londres un mémoire contenant un résumé des résultats scientifiques de cette excursion; le ,Dr Buckland, qui était devenu un ardent partisan des opinions d’Agassiz, présenta aussi un rapport sur le même sujet. Quelque temps auparavant, il avait écrit les lignes suivantes à propos de cette réunion :
Le Dr Buckland à Louis Agassiz.
(Trad. de l'anglais.)
Taymouth Castle, le 15 octobre 1840.
.... Lyell a adopté in toto votre théorie !! ! Lorsque je lui fis remarquer, à moins de deux milles de la maison de son père, un magnifique groupe de moraines, il a instantanément accepté vos opinions comme résolvant une foule de difficultés qui l’avaient embarrassé pendant toute sa vie. Non seulement ces moraines, mais d’autres encore et des détritus de moraines, qui couvrent la moitié des comtés voisins, s’expliquent fort bien par votre théorie. Sur ma proposition, il a consenti à les relever toutes sur une carte du comté et à les décrire dans un mémoire qu’il lira, après le vôtre, à la Société géologique. Le même jour je me propose de lire, comme preuve de mon adhésion, une liste des localités ou j’ai observé de pareils dépôts glaciaires, tant en Écosse, depuis que je vous ai quitté, que dans différentes parties de l’Angleterre.