‹ Louis AgassizChapitre 128 sur 387 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

son sur leur indulgence. Le ton de vos excellentes lettres prouve que j’ai raison. Vous me gâtez. Vos lettres continuent à être douces et affectueuses. J’en reçois rarement comme cela. Parce que les deux tiers des lettres que l’on m’adresse (en partie des copies de lettres écrites au roi ou à des ministres), restent sans réponse, on me condamne, on me taxe de courtisan parvenu, d’apostat de la science. Cette âcreté de prétentions individuelles ne m ôte pas mon vif désir de me rendre utile partout où cela m est possible. J’agis plus souvent que je ne prends la plume pour répondre. Je sais que j’aime à faire quelque bien et cette bonne conscience me donne le calme au milieu d une vie trop agitée. Vous êtes heureux, cher Agassiz, dans la position plus simple et toute glorieuse que vous vous etes créée. Vous devez en jouir comme père de famille, comme savant illustre, comme créateur et source de tant d’idees nouvelles, de tant de grandes et nobles conceptions.

Votre admirable ouvrage sur les « Poissons fossiles » touche à sa fin. Vos derniers cahiers, si riches en decouvertes, votre prospectus, rendant raison du véritable état de cette immense publication, ont calmé toutes les susceptibilités. Comme je vous suis vivement dévoué, je vous remercie du calme que vous avez ainsi fait répandre autour de vous. L’achèvement prochain des « Poissons fossiles» me délivre aussi de la crainte quune tiop grande ardeur ne vous entraîne dans des pertes irrepa-

râbles.

Vous avez prouvé ce que l’on peut faire, non seulemen avec un talent comme le vôtre, mais avec ce noble courage qui triomphe d’obstacles qu’on aurait crus insurmontables.

Puis- je vous dire combien notre admiration est augmentée par ce nouvel ouvrage des « Poissons d’eau douce » ? Il n’a jamais rien paru de plus beau, de plus parfait en fait de dessin et de couleur. Cette lithographie

AGASSIZ. LETTRE DE HUMBOLDT

chromatique ne ressemble à rien de ce qu’on a vu jusqu’ici. Quel goût a présidé à cette publication! Avec cela, les courtes descriptions qui accompagnent chaque planche ajoutent singulièrement à l’agrément et aux jouissances de ce genre d’étude. Recevez, cher ami, l’expression de ma vive reconnaissance. Je 11e me suis pas borné à taire remettre au roi votre lettre et l’exemplaire qui y était joint; j y ai ajouté une petite note, par écrit, sur le mérite d’une telle entreprise. Le conseiller de cabinet du roi me mande oificiellement que le roi a décrété de prendre le même nombre d exemplaires des « Poissons d’eau douce » que des « Poissons fossiles », c’est-à-dire dix exemplaires. L’ordre est déjà parvenu à M. de Werther. Ce n’est sans doute qu’un bien petit secours, mais je n’ai pu obtenir davantage et le placement de ce peu d’exemplaires, avec le nom du roi comme souscripteur, vous sera toujours utile.

Je ne puis terminer cette lettre, mon cher ami, sans \ ous demander humblement pardon de quelques expressions, peut-être trop vives, que mes dernières lettres contenaient sur vos vastes conceptions géologiques. L’exagération de mes expressions aurait dû vous avertir

du peu de sérieux que je mettais à mes objections J’ai

toujours le désir d’écouter et de m’instruire. Bercé dès

ma jeunesse par 1 idée que l’organisation des vieux temps était assez tropicale, effrayé des interruptions glaciales, j ai d abord crié à l’hérésie. Mais comment ne pas écouter volontiers une voix amie telle que la vôtre. Sur ces graves sujets, j’aime à lire de l’imprimé et si, dans ces deinieis temps, vous avez publié quelque chose d’un peu

complet sur 1 ensemble de vos idées géologiques, daignez, de grâce, me l’envoyer par voie de librairie

Nous parlerai-je de mes pauvres et vieillissants tra- ^a,,x • R manque un sixième volume à ma Géographie du quinzième siècle (Examen critique). Il paraîtra cet

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