‹ Louis AgassizChapitre 129 sur 387 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

été. J’imprime le second volume d’un nouvel ouvrage qui portera le titre d’ « Asie centrale ». Ce n’est pas une seconde édition des « Fragments asiatiques »; c’est un ouvrage tout différent. Les trente-cinq feuilles du premier volume sont imprimées, mais on publiera les deux volumes à la fois. Jugez de la difficulté d’imprimer à Paris et de corriger chaque épreuve ici, à Poretz ou a Toplitz. Je commence dans ce moment 1 impression du premier cahier de mes idées sur la physique du monde sous le titre de « Cosmos ». Idem zu einer physikalisclien Weltbeschreïbung. Ce ne sont aucunement les Vorlesungen que j’ai tenues ici; c’est le même sujet, mais rien ne 1 appelle la forme d’un cours tout populaire. Il faut comme livre quelque chose de plus grave et de plus élevé de style. Un « livre parlé » est toujours un mauvais livre, comme on ne fait qu’un mauvais cours, lorsqu’on essaie de lire un livre, fût-il même bien rédigé. J’ai horreur des cours publiés.

Cotta imprime aussi un livre allemand, Physikalischgeographische Erinnerungen. Beaucoup de choses inédites sur les volcans des Andes, sur les courants, etc. Et tout cela à l’àge où l’on se pétrifie ! C’est une témérité ! Puisse cette lettre vous prouver, à vous, cher et excellent ami, et à l’aimable et bonne Madame Agassiz, que je ne me pétrifie que par les extrémités et que le cœur reste chaud encore. Conservez-moi une amitié qui m’est si chère.

A. de Humboldt.

Pendant les premiers jours du mois de mars 1841, Agassiz, accompagné de Desor, visita les glaciers de l’Aar et de Rosenlaui. Il voulait d’abord se rendre compte de la position des jalons qu il avait plantés l’été précédent sur le glacier de l’Aar et comparer les températures de l’été et de l’hiver, aussi bien à la

surface qu’à l’intérieur du glacier. Mais son principal objet était de reconnaître si l’eau continuait de couler au-dessous des glaciers pendant les fortes gelées de l’hiver; car ce fait devait avoir une influence décisive sur la théorie qui attribue essentiellement la fonte et le mouvement des glaciers à l’action de la chaleur centrale de la terre sur leur face inférieure. Bien que convaincu de la fausseté de cette opinion, Agassiz désirait cependant obtenir du glacier même des preuves convaincantes.

Le récit de la course d’hiver au glacier de l’Aar, par Ed. Desor, est d’autant plus intéressant qu’elle est une des premières qui aient été entreprises dans cette saison. A cette époque elle parut une témérité insensée, trahissant une dose d’exaltation que l’amour de la science avait peine à justifier.

Partis de Neuchâtel le 8 mars, ils arrivèrent à Meiringen où ils décidèrent M. Zibach, le tenancier de l’hospice du Grimsel, à les accompagner. En route, ils rallièrent, à Im Grand et à Boden, les guides J. Wâhren et J. Leuthold. Le vieux père de ce dernier ne les encouragea pas à tenter une aventure sans précédents, mais leur prédit le beau temps pour plusieurs jours. En montant la vallée du Hasli, ils purent observer de nombreuses avalanches tombées des montagnes et les étudier dans tous leurs détails. L’Aar était réduite à un petit ruisseau couvert çà et là de ponts de neige qu’ils franchissaient en toute sécurité pour abréger les contours de la route. Mais, à une heure au-dessus de Guttannen, la neige devint si profonde et la marche si fatigante que M. Zibach, n’en pouvant plus, les quitta et battit en retraite.

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