‹ Louis AgassizChapitre 131 sur 387 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Pendant la nuit qu’ils passèrent à l’hospice, l’inflammation de leur visage, causée par le soleil, leur procura d’intolérables souffrances. Malgré cela, ils descendirent à Meiringen et montèrent le lendemain à Rosenlaui pour faire des observations analogues, et pour tailler sous le glacier, à sa partie inférieure, un triangle d’une certaine profondeur dans le rocher. Ils voulaient par là constater l’usure opérée par le mouvement de la glace, et le temps qu’il faut au glacier pour effacer et polir les aspérités de son lit. Le torrent qui s’échappe du glacier était également à sec et aucune trace d’eau ne s’échappait de la tranche terminale où la glace était visible.

En franchissant le pont au-dessus de l’effroyable crevasse qui sépare de la terre ferme la partie inférieure du glacier, Desor faillit perdre la vie. 11 glissa du pont et tomba dans le vide sur la neige formant au-dessous une voûte, qui le soutint jusqu’au moment où J. Leuthold lui tendit son bâton et le retira.

Ce fut le seul accident de cette excursion qui, favorisée par un temps magnifique, se termina très heureusement. Agassiz en rapporta sur l’état du glacier en hiver des documents du plus haut intérêt et qui confirmaient ses théories.

A leur retour à Neuchâtel, la neige tombait à gros flocons.

Ed. Desor a publié dans le volume : « Excursions et séjours dans les glaciers » un récit intéressant de cette course, où nous avons puisé les détails qui précèdent. Quant aux résultats scientifiques, ils ont été consignés dans le « Système glaciaire ».

Pendant l’été de 1841, Agassiz fit un séjour plus

long que d'habitude dans les Alpes. Son but spécial était d’étudier la structure des glaciers, les conditions essentielles de leur origine et de leur existence, l’action que l’eau exerce sur leur mouvement et enfin l’elïet produit par leur contact direct sur les terrains des vallées qu’ils ont occupées. Quant à leur ancienne extension et à leurs oscillations actuelles, on pouvait les considérer comme des faits suffisamment établis, mais il fallait encore les mettre en rapport avec l’ensemble des phénomènes qui se produisent dans la masse même du glacier. En un mot, les recherches passaient du domaine de la géologie dans celui de la physique.

Agassiz, comme il l’a souvent dit, n’était pas un physicien; aussi désirait-il d’autant plus avoir la coopération des hommes les plus capables dans cette science et les faire participer aux moyens d’observation qui étaient à sa disposition et aux résultats qu’il avait déjà obtenus. Outre ses collaborateurs habituels, Desor et Yogt, il invita donc, pour une partie de l’été, le célèbre physicien James-D. Forbes, professeur à Edimbourg, qui amena avec lui son ami M. Heath, de Cambridge h Plus tard, M. Escher de la Linth prit aussi une part active aux derniers travaux de la saison.

A ce groupe de travailleurs, Agassiz avait ajouté un habite ingénieur pour diriger les forages et les mesurages. M. Jacques Burkhardt, ami personnel d’Agassiz et l’un de ses compagnons d’étude à Munich, l’accompagnait en qualité de dessinateur; il avait déjà

1 Comme les opinions de M. Forbes ne furent connues que lorsqu il publia le résultat de ses recherches, il n’est pas nécessaire d’en parler ici.

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