‹ Louis AgassizChapitre 132 sur 387 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

travaillé pour lui à diverses reprises. G était un homme au cœur chaud, un ami fidèle, unissant beaucoup de bon sens à une gaîté qui en faisait un compagnon agréable et amusant. 11 suivit plus tard Agassiz en Amérique, s’établit chez lui et devint en quelque sorte l’un des membres de sa famille; il l’accompagna dans tous ses voyages et, jusqu’à sa mort en 1807, il lui resta entièrement dévoué.

En vue des recherches projetées pour pénétrer jusqu’au cœur du glacier et atteindre si possible son point de contact avec le fond de la vallée, Agassiz avait fait transporter jusqu’à sa vieille cabane, sur le glacier de l’Aar, un appareil de forage plus puissant que celui qu’on avait employé auparavant. Les résul- ^ tats de ses expériences, mentionnés dans le « Système glaciaire » (publié en 1846 et contenant vingt-quatre planches in-folio avec deux cartes) o tirent le pins grand intérêt. Ils établissent la structure intérieure et la température de la glace, ainsi que 1 entière peiméabilité de sa masse à 1 air et à 1 eau.

Un jour, le foret étant parvenu à une profondeur de cent-dix pieds, tomba subitement de deux pieds plus bas, ce qui démontra qu’il avait passé à travers un espace libre, caché dans l’épaisseur de la glace. Le dégagement de globules d’air qui eut lieu en même temps prouva que cette cavité glaciaire, ouverte si soudainement, n’était pas hermétiquement fermée aux influences atmosphériques du dehors.

Mais Agassiz ne se contentait pas des renseignements que ses instruments lui fournissaient sur ces régions inconnues ; il prit la résolution hardie de visiter lui-même l’intérieur du glacier et à cet effet il

se fit descendre dans un des puits, fissure profonde où viennent s’engouffrer la plupart des ruisseaux qui serpentent à la surface. Voici ce qu’il rapporte à ce sujet 1 :

« Je vais raconter en peu de mots cette descente « que mes compagnons de voyage ont appelée plus « tard « ma descente aux enfers.... » Nous trouvâmes « à quelque distance de notre cabane un de ces « puits qui nous parut approprié à notre but ; il « avait huit pieds d’ouverture et paraissait descendre « verticalement jusqu’à une grande profondeur. Je « résolus de tenter l’aventure. Pour cela, il fallait « commencer par détourner le ruisseau en lui tailn lant un autre lit. Nous nous mîmes tous à l’œuvre; « quand le nouveau lit fut achevé, je lis dresser au- « dessus du puits le trépied qui avait servi au forage. « Les guides fixèrent au bout de la corde une planche « qui devait me servir de siège, puis il m’attachèrent « à cette même corde au moyen d’une courroie qu’ils « me passèrent sous les bras de manière à me laisser « les mains libres. Pour me garantir contre l’eau qui « n’avait pu être détournée complètement, ils me cou- « vrirent les épaules d’une peau de chèvre et me mi- « rent sur la tête un bonnet de peau de marmotte. « Ainsi accoutré, je descendis muni d’un marteau et « d’un bâton. Mon ami Escher devait diriger la des- « cente; à cette fin il se coucha sur le ventre, l’oreille « penchée au bord du précipice, afin de mieux en- « tendre mes ordres. Il fut convenu que si je ne de-

1 Excursions et séjours dans les glaciers, par F.. Desor, p. 306

et 307.

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