‹ Louis AgassizChapitre 133 sur 387 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

« mandais pas à remonter, on me laisserait descendi e « aussi longtemps que M. Escher entendiait ma <( voix....

« Je rencontrai à environ quatre-vingts pieds une « cloison de glace qui divisait le puits eu deux com- « partiments ; j’essayai d’entrer dans le plus large, mais « je ne pus pénétrer à plus de cinq ou six pieds, parce

« que le couloir se divisait en plusieurs canaux étroits.

« Je me lis remonter et, manœuvrant de manière à « faire dévier la corde de la ligne verticale, je m enga- « geai dans l’autre compartiment. Je m’étais aperçu « en descendant qu’il y avait de l’eau au fond du trou,

« mais je la croyais à une bien plus grande profondeur,

« et comme mon attention était surtout dirigée sur les « bandes verticales que je suivais toujours des yeux,

« grâce à la lumière que réfléchissaient les parois « brillantes de la glace, je fus très surpris, lorsque « tout à coup je me sentis les pieds dans 1 eau. J or- « donnai aussitôt qu’on me remontât; mais l’ordre « fut mal compris et au lieu de me remonter, on me « laissait toujours descendre. J’étais à une profondeur « de cent-vingt pieds. Je poussai alors un cri de dé- « tresse qui fut entendu, et l’on me retira avant que « je fusse dans le cas de nager. Il me semblait que « de ma vie je n’avais rencontré une eau aussi froide; « à sa surface flottaient des fragments de glace, sans « doute des débris de glaçons. Les parois du puits « étaient âpres au toucher, ce qui provenait sans doute « des fissures capillaires.

« J’aurais bien voulu pouvoir m’arrêter plus long- « temps à examiner les détails de la structure de la « glace et à jouir du spectacle unique qu’offrait le

« bleu du ciel, vu du fond de ce gouffre; mais le « froid m’obligea à remonter au plus vite. Lorsque « j’arrivai à la surface, mes amis m’avouèrent qu’ils « avaient eu un moment de rude angoisse en m’en- « tendant crier au fond du puits; ils avaient eu toutes « les peines possibles à me retirer, bien qu’ils fus- « sent au nombre de huit. J’avais moi-même peu ré- « tléclii au danger de ma position et il est certain « que si je l’avais connu, je 11e m’y serais pas exposé, « car il eut suffi que le choc de la corde eût détaché «. l’un des gros glaçons collés contre les parois du « gouffre, pour que ma perte lut certaine. Aussi je « ne conseille pas à quiconque ne serait pas guidé « par un puissant intérêt scientifique de répéter une « pareille expérience. »

Agassiz désirait particulièrement constater jusqu’à quel point la structure lamellaire ou rubannée de la glace (bandes bleues) pénétrait dans la masse du glacier. Ce caractère avait déjà été observé et décrit par M. Cfuyot, mais M. Forbes avait de nouveau dirigé l’attention sur ce phénomène qui, suivant lui, se rattachait à la nature intérieure du glacier. Agassiz, dans cette circonstance, reconnut la structure lamellaire de la glace jusqu’à une profondeur de quatrevingts pieds et même fort au delà, quoique moins distinctement.

Le séjour d’ Agassiz sur le glacier fut interrompu par différentes excursions, entre autres par l’ascension de l’Ewigschneehorn, qu’il fit en compagnie de MM. F 'orbes et Heath avec Jacob Leuthold pour guide, et ce fut à leur retour qu’ils résolurent leur fameuse ascension de la Jungfrau, tentée déjà par plusieurs

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