CHAPITRE X
personnes, mais qui n’avait encore réussi que deux fois.
Le 27 août 1841, à quatre heures du matin, ils partirent de l’hospice du Grimsel , au nombre de douze; Agassiz, Desor, Forbes, Heath et deux voyageurs qui lui avaient témoigné le désir de les accompagner, M. de Ghatelier, de Nantes et M. Jules de Pury, de Neuchâtel, étudiant en théologie et ancien élève d’ Agassiz. Les six autres étaient les guides, parmi lesquels nous citerons les fidèles Jacob Leuthold et Johann Wàhren. Du col de l’Oberaar, ils descendirent sur le plateau de neige qui alimente le glacier de Viesch; ils s’arrêtèrent dans ce magnifique amphithéâtre dominé par les cimes des Viescherhôrner et s’y reposèrent, tout en prenant leur modeste repas.
« Nous descendîmes, dit M. Desor, des champs de « neige parfaitement homogène; aussi marchions- « nous avec une entière sécurité, lorsque nous re- « marquâmes, à quelque distance de nous, plusieurs « petites ouvertures. Curieux d’en connaître la cause, « nous nous dirigeâmes de ce côté. Quel ne fut pas « notre étonnement lorsque, en regardant dans l’une de « ces lucarnes qui n’avait pas plus de trois pouces « de large sur un pied de long, nous vîmes qu’elle « cachait un immense précipice ! Et dans ce préci- « pice régnait une lumière azurée qui surpassait en « beauté, en transparence et en douceur, tout ce que « nous avions vu jusqu’alors dans les glaciers.... Nos (c yeux en furent tellement fascinés que nous ne nous « aperçûmes pas d’abord qoe la croûte de neige qui « recouvrait ce caveau enchanteur, n’avait, en cet ente droit, (pie quelques pouces d’épaisseur... Nous nous
AGASSIZ. ASCENSION DE LA JUNGFRAU
« trouvions sur une immense crevasse de plus de
trente mètres de largeur et d’une profondeur que « nous évaluâmes à cent mètres au moins. A l’endroit « où nous l’examinions, elle n’avait d’autre ouverture « <{ue la petite lucarne dont je viens de parler; mais « plus loin, elle correspondait à une large crevasse « par laquelle entrait la lumière1. »
Au delà des champs de neige et de névé, il leur fallut encore cinq heures de marche fatigante pour atteindre les chalets de Méril (Mœrgelen), où ils devaient passer la nuit. Le repos qu’ils comptaient prendre et qui devait les préparer aux. fatigues du jour suivant, fut toutefois interrompu par un malencontreux incident. L’échelle, laissée neuf ans auparavant par Jacoh Leuthold lorsqu’il accompagnait Hugi en 1832, et sur laquelle il comptait, avait été enlevée par un paysan de Viesch. Pendant la nuit, il fallut dépêcher deux messagers au village pour la réclamer, ce qui fit perdre beaucoup de temps; on aurait dû partir à trois heures et il en était cinq; aussi Jacoh les prévint-il qu’il faudrait accélérer le pas et que ceux qui ne se sentiraient pas la force de suivre, devraient rester en arrière, car on n’attendrait personne. Nul ne réclama.
Après avoir dépassé le lac Méril avec ses glaces flottantes, ils arrivèrent au glacier d’Aletsch et à ses champs de neige, où devaient commencer les véritables difficultés et les dangers de l’ascension; ils s’arrêtèrent dans cet immense amphithéâtre où viennent se confondre les grands affluents du glacier
1 Séjours clans les glaciers, p. 360.