‹ Louis AgassizChapitre 14 sur 387 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

comment nous nous y sommes pris. Le matin, Z. fit venir de la boucherie du veau, du foie et du lard en assez grande quantité pour trois personnes pendant deux jours. Nous prîmes ces provisions dans nos sacs en y ajoutant du sel, du poivre, du beurre, des oignons, du pain, des cruches de bière; enfin, l’un de nous se munit de deux casseroles et de l’esprit-de-vin nécessaire, et nous voilà en route.

Arrivés au sommet de notre montagne, nous cherchons un emplacement commode et nous nous mettons à cuire notre dîner, ce qui ne dura pas longtemps. Si tout se fit dans les règles de l’art, je ne puis l’affirmer, mais ce que je sais très bien, c’est que jamais repas ne m’a semblé meilleur. Nous parcourûmes la montagne pendant le reste de la journée et le soir nous gagnâmes une maison où nous nous fîmes à souper, de la même manière que nous avions fait pour le dîner, au grand étonnement de toute la famille et surtout d’une vieille femme, qui regrettait tant la mort de son mari parce que cela lui aurait sûrement plu. Enfin nous nous couchâmes par terre sur de la paille et le lendemain matin nous revînmes pour dîner à Heidelberg. Le lendemain, après dîner, nous partîmes pour Mannheim dans l’intention d’aller au théâtre. Il y a là un très beau et très bon théâtre, et de plus nous eûmes le bonheur de tomber sur un excellent opéra. Du reste je n’ai rien vu à Mannheim, si ce n’est la maison de Kotzebue et l’endroit où l’étudiant Sand a été décapité.

Aujourd’hui j’ai été faire visite aux professeurs. J’avais pour trois d’entre eux des lettres de recommandation de Messieurs Schinz et Hirzel. J’ai été reçu de tous on ne peut mieux. Le chancelier aulique Tiedemann est un homme à peu près de l’âge de papa et très bien conservé; il est trop connu pour que je veuille entreprendre son panégyrique; mais dès que je lui ai dit que j’avais

AGASSIZ a HEIDELBERG

pour lui une lettre de Zurich, il m’a comblé d’honnêtetés, m’a offert des livres de sa bibliothèque; en un mot il m a offert de remplacer ici pour moi ce qu’était M. Schinz de Zurich avec lequel il a étudié dans son temps. Lorsque les cours seront commencés, je t’en dirai davantage sur ces Messieurs; je les connaîtrai mieux moi-même. J’ai encore à te parler de mon intérieur, de ma chambre, du jardin, des gens de la maison, etc.

La lettre suivante complète ce récit :

* Louis Acjassiz à son père 1 .

Heidelberg, le 24 mai 1825.

Comme tu me le demandes, je vais te donner tous

les détails possibles sur mes hôtes et sur 1 emploi de mon temps. M. X..., mon philister, est un négociant, marchand de tabac très aisé, possédant une jolie maison dans un faubourg de la ville. Mes fenêtres donnent sur la ville et ma vue est bornée par une colline située au nord de Heidelberg. Derrière la maison est un très grand et très beau jardin au bas duquel se trouve un très joli cabinet. Dans le jardin, il y a encore plusieurs bosquets et une

volière garnie d’oiseaux du pays

Comme chaque jour n’est que la répétition du précédent et comme j’observe assez régulièrement le plan d'études que je me suis tracé, je n’ai qu’à te faire la description d’une journée et tu sauras à peu près ce que je fais tous les jours. Tous les matins je me lève à six heures,

1 Nous rendons le lecteur attentif au fait que les lettres d’Agassiz et de ses correspondants, écrites en français, sont reproduites ici dans leur texte original et, pour ne pas en répéter la mention, elles seront désormais désignées par un * (astérisque). Les lettres traduites seront toujours accompagnées d’une indication.

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