‹ Louis AgassizChapitre 15 sur 387 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

je m’habille, déjeune et à sept heures je vais à mes leçons que j’ai toutes pendant la matinée et qui se donnent dans le bâtiment du Musée, où est adjoint le cabinet d’anatomie. Si, dans l’intervalle, comme quelquefois de dix à onze, j’ai une heure libre, je vais faire des préparations à l’amphithéâtre d’anatomie, dont je me réserve de te parler une autre fois, ainsi que du Musée. De midi à une heure je fais des armes. Nous dînons vers une heure; après quoi je fais un tour de promenade jusqu’à deux heures; je retourne alors à la maison pour répéter mes leçons jusqu’à cinq heures. De cinq à six j’ai une leçon d’anatomie comparée du fameux Tiedemann après laquelle je vais, ou me baigner dans le Neckar, ou faire un tour de promenade. De sept à huit heures et demie ou neuf heures, je reprends mon travail particulier, après quoi, selon le cas, je vais au cercle des Suisses, ou bien au lit, lorsque je suis fatigué. Le soir je fais ma dévotion, et je m’entretiens en silence avec vous, pensant que c’est aussi une heure à laquelle vous n’oubliez pas votre Louis, qui pense toujours à vous

Dès que je saurai à combien peut se monter ma dépense (car, d’après ce que j’ai eu à payer jusqu’ici, je ne puis pas encore la fixer), je vous l’écrirai aussi exactement qu’il me sera possible, vu que souvent il peut survenir des frais imprévus, comme par exemple six gros écus que je dois payer pour la matricule. Mais, dans tous les cas, soyez assurés que je restreindrai ma dépense au nécessaire et, que j’économiserai de mon mieux. Il en sera de même pour la durée de mon séjour à Heidelberg que sûrement je ne prolongerai pas inutilement

Le moment est venu où, pour la première fois, les deux frères sont obligés de se séparer, Auguste devant se l ‘en dre à Neuchâtel pour entrer dans la carrière

AGASSIZ A HEIDELBERG

commerciale. Heureusement Louis trouva, dans une des premières connaissances qu’il lit à Heidelberg, non seulement un compagnon d’études partageant ses goûts, mais aussi un ami pour la vie et un frère. Le professeur Tiedemann qui avait reçu Agassiz très amicalement, lui recommanda de chercher à faire bonne connaissance avec le jeune Alexandre Braun, étudiant zélé et grand amateur de botanique. Le jour suivant, au cours de Tiedemann, l’attention d’Agassiz fut attirée par un jeune homme, assis à côté de lui, qui prenait très attentivement des notes illustrées de dessins; il y avait quelque chose de très captivant dans son expression calme, aimable, pleine de bienveillance et d’intelligence, aussi Agassiz comprit-il tout de suite que c’était là l’étudiant dont lui avait parlé Tiedemann. Lorsqu’on se leva à la fin du cours, il lui dit : « Êtes-vous Alexandre Braun? » — « Oui, et vous, n’êtes-vous pas Louis Agassiz ? »

Il paraît que Tiedemann, qui doit avoir eu une grande perspicacité pour découvrir les affinités du monde moral, aussi bien que celles du monde physique, avait également conseillé à Braun rie faire la connaissance d’un jeune naturaliste suisse récemment arrivé et plein d’enthousiasme pour la science. Les deux jeunes gens sortirent ensemble et, dès ce moment, leurs études, leurs excursions et leurs amusements se firent en commun. Dans leurs longues promenades, et tout en recueillant les objets d’histoire naturelle qui les intéressaient respectivement, Agassiz enseignait la zoologie à Braun, tandis que celui-ci lui enseignait la botanique; c’est peut-être pour cette raison que Braun, qui devint plus tard

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