‹ Louis AgassizChapitre 147 sur 387 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

fond se trouvait le dortoir des guides et des ouvriers, au milieu, la chambre d’Agassiz et de ses amis et au devant, la salle à manger qui servait en même temps de laboratoire et de salon. Cette dernière chambre était meublée d’une table et de deux bancs;

on y voyait même deux chaises réservées comme sièges d’honneur aux visiteurs, un rayon pour les livres et les instruments et quelques clous pour suspendre les vêtements. Un plancher sur lequel on étendait des couvertures pour la nuit remplaçait avec avantage les dalles glacées de leur première de-

meure.

Comme l’étude topographique du glacier était un des buts principaux de cette campagne, M. Wild, ingénieur d’une habileté reconnue, se joignit aux explorateurs. Les résultats de ses travaux, qui lurent poursuivis pendant deux étés, figurent dans la carte qui accompagne les « Nouvelles études ». Agassiz, de son côté, fit des expériences sur l’étendue et sur les ramifications du réseau de fissures capillaires qui conduisent l’eau dans l’intérieur du glacier; il y introduisit, au moyen de forages, des liquides colorés et reconnut qu’ils s’infiltraient dans la glace et reparaissaient plus bas avec une rapidité étonnante. A dix mètres de profondeur, une galerie fut taillée à travers une paroi de glace qui séparait deux crevasses ; le liquide coloré, versé dans un trou au-dessus, apparut bientôt au sommet de la galerie. On remarqua avec surprise que le même résultat était obtenu de nuit et que le liquide pénétrait même plus rapidement depuis la surface du glacier jusqu’à la voûte de la galerie, ce qui fut expliqué par le fait que, les

AGASSIZ AU GLACIER DE l’aAR

fissures étant alors privées de toute humidité, le passage s’effectuait sans empêchement1.

L’avancement relatif des différentes parties du glacier fut constaté avec une plus grande précision qu’ auparavant. La ligne droite de pieux, plantés à travers le glacier par Agassiz et par Esclier de la Linth, pendant le mois de septembre précédent, avait formé un croissant dont la courbe inclinée du côté de l’extrémité du glacier montrait, contrairement aux prévisions d’ Agassiz, que le centre se mouvait plus rapidement que les bords. Le rapport entre la courbe de la stratification et la courbe de la ligne de pieux confirma ce résultat. La stratification de la neige fut un des sujets d’étude les plus importants parmi les travaux de la saison et Agassiz, comme nous le verrons plus tard dans une de ses lettres, croyait avoir établi d’une manière indubitable cette particularité de la structure du glacier.

L’orimne et le mode de formation des crevasses

attirèrent aussi spécialement l’attention des observa-

1 Des doutes ont été émis sur ces résultats, vu l’insuccès d’expériences pareilles répétées plus récemment. Agassiz dit à ce sujet dans ses Geological sketches, p. 236 : « L’infiltration a été niée par suite « de la non-réussite de quelques expériences, ayant pour but d’intro- « duire des liquides colorés dans le glacier. Je répondrai seulement « à ceci que j’ai complètement réussi dans la même expérience qu’un « investigateur a trouvée impraticable après moi, et que je ne vois « aucune raison de jeter des doutes sur la première, parce que la « suivante a manqué. On trouvera peut-être l’explication des diffé- « rences dans les résultats obtenus dans le fait que, comme une « éponge imbibée d’eau ne peut absorber plus de liquide qu’elle n’en « contient déjà, de même le glacier, dans certaines circonstances et « particulièrement en été à midi, peut être tellement imprégné d’eau « que tout essai d’y introduire des fluides colorés, doit nécessairement « échouer. »

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