‹ Louis AgassizChapitre 148 sur 387 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

teurs. Le 7 août, Agassiz eut l’occasion (l’étudier ce phénomène dès son début. Attiré vers une certaine partie du glacier par l’agitation de ses ouvriers, il les trouva épouvantés par des bruits et des mouvements extraordinaires dans la glace. « J’entendis à peu de « distance, dit-il, un craquement semblable à des « détonations simultanées d’armes à feu; j’accourus « vers l’endroit d’où provenait ce bruit, qui se répéta « bientôt sous mes pieds avec des commotions pa- « reilles à celles d’un tremblement de terre. Le sol « semblait se déplacer et s’écrouler sous moi avec un « bruit différent des détonations qui avaient précédé « et semblable à celui d’un éboulement de rochers, « sans qu’on pût cependant remarquer un afïaisse- « ment sensible de la surface. Le glacier tremblait « réellement, car un bloc de granit de trois pieds « de diamètre, perché sur un piédestal de deux « pieds de haut, s’abattit brusquement. Au même « instant, je vis une crevasse s’ouvrir sous mes pieds « et se prolonger rapidement à travers le glacier en « lime droite L »

En une heure et demie, Agassiz vit s’ouvrir trois crevasses et en entendit d’autres se former à une plus grande distance ; il en compta huit nouvelles sur un espace de cent vingt-cinq pas. Ce phénomène se continua dans la soirée et se reproduisit, mais moins fréquemment, pendant la nuit; il y eut même une crevasse qui traversa leur cabane et en ébranla les piliers, dont plusieurs s’écroulèrent. Les crevasses étaient étroites, la plus grande n’ayant qu’un pouce et demi

1 Extrait d’une lettre de Louis Agassiz à M. Arago, datée de l’Hôtel des Neuchàtelois, glacier de l’Aar, le 7 août 1842.

AGASSIZ AU GLACIER DE L’aAR

de large; quant à leur profondeur, on put en juger par la rapidité avec laquelle elles absorbaient l’eau qui se trouvait dans leur voisinage immédiat. « Un « trou de sonde, dit Agassiz, ayant cent trente pieds « de profondeur, sur six pouces de diamètre et qui « était plein d’eau, se vida complètement en quelques « minutes, ce qui prouve que ces crevasses, quoique « très étroites, pénètrent à de grandes profondeurs. »

Les travaux de l’été comprenaient aussi des observations sur le mouvement comparatif du glacier pendant le jour et pendant la nuit, sur l’ablation1 de sa surface, sur son accroissement, sur le névé et la neige des hautes régions, sur les trous méridiens, appelés les cadrans solaires des glaciers2.

Le résultat le plus important de la campagne fut le relevé topographique du glacier, tel qu’il ligure dans la carte des « Nouvelles études » publiées par Agassiz sur ce sujet.

C’est, à peu près à cette époque que ses lettres commencent à faire quelque allusion à un voyage

1 L’ablation est la diminution du glacier à sa surface par la fonte.

2 « Çà et là sur le glacier, on remarque des amoncellements de « débris, de poussière, de sable et de gravier, déposés par des filets «d’eau et assez petits pour absorber la chaleur pendant le jour; « naturellement, ils se chauffent au soleil d’abord du côté oriental; « puis, avec plus d’intensité, du côté méridional et dans l’après-midi, « moins fortement du côté occidental, tandis que le côté septentrional « reste comparativement froid. De cette façon, ces amoncellements « fondent la glace en demi-cercle à l’entour de plus de la moitié de « leur circonférence et le glacier se couvre de petits trous en forme « de croissants, ayant une pente abrupte d’un côté et une faillie de « l’autre, avec un petit amas de débris dans le fond. Ce sont les « trous « méridiens » du glacier, indiquant l’heure par l’effet que produisent « sur eux les rayons du soleil. » Geological shetches, par Louis Agassiz, p. 293.

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