CHAPITRE PREMIER
directeur du Jardin botanique de Berlin, connaissait mieux la zoologie qu’aucun autre botaniste, et qu’Agassiz de son côté unissait une grande connaissance de la botanique à celle du règne animal. Nous voyons par la lettre suivante combien la sympathie était réciproque entre eux.
Alexandre Braun à son père.
(Trad. de l'allemand.)
Heidelberg, le 12 mai 1826.
Dans mes heures de loisir, entre les cours du matin
et ceux de l’après-midi, je me rends à la salle de dissection, où, en compagnie d’un jeune naturaliste qui a paru à l’horizon de Heidelberg comme une rare comète, je dissèque toute espèce de bêtes, tels que chiens, chats, oiseaux, poissons et même du plus petit fretin, des escargots, des papillons, des chenilles, des vers, etc. Tiedemann qui nous témoigne en particulier beaucoup d’amitié et d’obligeance, nous prête ses meilleurs livres pour l’étude, car il a une belle bibliothèque, riche surtout en ouvrages d’anatomie.
Dans l’après-midi, de deux à trois heures, j’assiste au cours de Geiger sur la chimie pharmaceutique, puis de cinq à six heures, à celui de Tiedemann sur l’anatomie comparée. Dans l’intervalle, je vais quelquefois à la recherche d’animaux et de plantes avec le naturaliste nouvellement arrivé (il s’appelle Agassiz et il est d’Orbe); non seulement nous recueillons ensemble une quantité d’objets d’histoire naturelle et apprenons à les connaître, mais nous échangeons nos idées sur des sujets scientifiques en général. .J’apprends beaucoup de lui, car il est bien plus versé que moi dans la zoologie. Il a étudié à fond presque tous les mammifères, il reconnaît les
AGASSIZ A HEIDELBERG
oiseaux à distance par leur chant et peut donner un nom à n’importe quel poisson. Souvent, dans la matinée, nous passons au marché où il m’explique tout ce qui concerne les diverses espèces de poissons. Il va m’apprendre à les empailler et nous ferons alors une collection des espèces du pays. Il sait beaucoup d’autres choses utiles, parle l’allemand aussi bien que le français et possède assez bien l’anglais et l’italien, en sorte que je l’ai déjà choisi comme mon interprète pour un futur voyage en Italie pendant les vacances; il connaît bien aussi les langues mortes et fait en outre des études de médecine.
Quelques lignes adressées peu après par Braun à sa mère nous montrent que ce premier enthousiasme, exprimé sur un ton de demi-plaisanterie, se transforma en une amitié réelle.
Alexandre Braun à sa mère.
(Trad. de l'allemand.)
Heidelberg, le lor juin 1826.
Je suis très heureux depuis que j’ai trouvé quelqu’un dont les occupations sont les mêmes que les miennes. Avant l’arrivée d’Agassiz, j’étais obligé de faire mes excursions presque toujours seul et de travailler isolé comme un ermite. Deux personnes qui étudient ensemble peuvent obtenir de plus grands résultats que chacune d’elles travaillant séparément. Afin d’utiliser, par exemple, tout le temps que l’on perd en travail manuel pour arranger des spécimens, épingler des insectes, nous avons décidé que, lorsque l’un de nous serait occupé de cette manière, l’autre lirait à haute voix ; de cette façon nous apprendrons à connaître divers ouvrages de physiologie, d’anatomie et de zoologie