‹ Louis AgassizChapitre 152 sur 387 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

cet espoir, après avoir vu les efforts que font plusieurs de mes amis pour obtenir quelques souscriptions en Italie et en France et comment ils échouent contre le peu d’intérêt que le gouvernement français met à tout ce qui ne se fait pas à Paris, et contre l’indifférence que doivent rencontrer en Russie des recherches d’une utilité peu directe

Croyez- vous qu’en cherchant à me placer aux Etats- Unis, je pourrais m’y arranger de manière à gagner assez pour pouvoir continuer la publication de ces malheureux livres, qui, parce qu’ils ne répondent pas aux besoins du grand monde, ne rapportent jamais leurs frais ?...

Au mois de juillet, nous le trouvons de nouveau sur le glacier de l’Aar; mais la campagne de 1813 débuta tristement pour nos explorateurs. Arrivés à Meiringen, ils apprirent que Jacob Leuthold était malade et ne pourrait probablement pas les accompagner. Ils se rendirent chez lui, mais ils ne trouvèrent plus que l’ombre de celui qui avait été autrefois leur vaillant guide et dont les forces déclinaient rapidement. Néanmoins, il les reçut avec joie dans son humble logis et voulut les retenir pour leur offrir quelque rafraîchissement. Craignant de le fatiguer, ils 11e restèrent que peu d’instants auprès de lui. Au moment de le quitter, l’un d’eux, montrant les montagnes, lui exprima l’espoir qu’il pourrait bientôt les rejoindre; pour toute réponse, les yeux de Leuthold se remplirent de larmes. Trois jours après, il était mort. Il n’avait que trente-sept ans et avait la réputation d’être le plus intelligent et le plus intrépide des guides de l’Oberland. Jamais on ne l’avait vu s’égarer, même dans les lieux qu’il parcourait pour la première fois et jamais son calme ne l’avait, aban-

AGASSIZ AU GLACIER DE l’aAR

donné au moment du danger. Sa mort causa un vif chagrin à tous ceux dont il avait guidé les pas, pendant des années, dans les passages les plus difficiles des Alpes.

Pendant l’été, on continua et on compléta les travaux de la saison précédente, à la lin de laquelle on avait relevé la position relative de certains blocs isolés sur le glacier, ainsi que d’une quantité de points sur les rochers de la vallée. Une ligne de pieux avait aussi été plantée à travers le glacier et la courbe de cette ligne, combinée avec le changement dans la position des blocs, par rapport aux points détei minés, devait enregistrer pour ainsi dire automatiquement le degré de progression du glacier, dans son ensemble aussi bien que dans ses parties.

On eut également soin de mesurer toutes les vingtquatre heures la marche du glacier et d’en constater le mouvement diurne et nocturne, tout en prenant note de 1 ablation de sa surface. Ua saison d’été avait été tardive et froide, par conséquent peu favorable, en soi te que la période des travaux fut plus courte que les années précédentes.

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