‹ Louis AgassizChapitre 157 sur 387 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

« les poissons du vieux grès rouge constituent une « faune distincte et indépendante de celle des autres « terrains, mais encore qu’ils présentent, dans leur « organisation, l’analogie la plus remarquable avec « les premières phases du développement embryonique « des poissons osseux de notre époque, et un parallé- « lisme non moins sensible avec les degrés inférieurs « de certains types de la classe, telle qu’elle existe « maintenant à la surface du globe. »

Un des biographes d’Agassiz a dit à propos de cet ouvrage sur les poissons du vieux grès rouge : «Il est « difficile de comprendre pourquoi les résultats de « ces recherches admirables et d’autres plus récentes « faites par lui, 11e font pas poussé à soutenir la « théorie de la transformation, dont ils semblent être « la conséquence naturelle '. » Il est vrai, qu’à l’exception de fréquentes allusions à une pensée, à un plan de création, cette « Introduction des poissons du vieux grès rouge », semble écrite par un partisan de la théorie de l’évolution plutôt que par son adversaire le plus acharné, tant il y est question de ces lois du monde organique sur lesquelles se fonde actuellement cette théorie. Ces lois, d’une grande portée, proclamées par Agassiz dans ses « Poissons fossiles » et qu’il a toujours rappelées avec insistance, ont été en effet adoptées par les partisans de révolution, mais avec une interprétation complètement différente.

Personne ne vit plus clairement qu’ Agassiz la relation, qu’il signala le premier, entre la succession des animaux du même type, à diverses époques, et les

1 Louis Agassiz, notice biographique, par Ernest Favre.

AGASSIZ A NEUCHATEL

phases de leur croissance embryonique actuelle; aussi disait-il souvent dans ses conférences : «L’histoire de l’individu est l’histoire du type ». Mais la coïncidence entre la succession géologique des animaux anciens, le développement embryonique, la gradation zoologique et la distribution géographique des animaux des temps présents était due, selon lui, à l’accomplissement d’un plan déterminé et non à l’activité des forces de la matière. De même aussi, la variabilité, en même temps que la stabilité des êtres organisés, à la fois si plastiques et si immuables, lui paraissaient régies par quelque chose de supérieur au mécanisme de forces ayant en elles-mêmes leur loi. Il resta toute sa vie inébranlable dans cette conviction, quoique la théorie de l’évolution soulevât autour de lui des discussions très vives. Ses opinions sont maintenant moins en faveur, mais ce serait ôter à sa carrière scientifique sa véritable hase que de n’en pas faire ressortir toute l’importance; la croyance en un Créateur était le fondement même de sa conception de l’Univers.

Arnold Cfuyot, résumant les vastes résultats des travaux paléontologiques d’Agassiz et particulièrement de ses « Poissons fossiles », s’exprime ainsi : « Quelles « que soient les opinions que l’on puisse avoir sur « l’interprétation de quelques-unes de ces général i- « sations, la vaste importance des résultats obtenus « par les travaux d’Agassiz peut être appréciée par « le fait incontestable que presque toutes les ques- « tions, traitées maintenant par la paléontologie mo- « derne, ont été soulevées et, en grande partie, réso- « lues par lui. Elles forment déjà un code de lois

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