‹ Louis AgassizChapitre 161 sur 387 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

faciliter ses propres recherches. Ses préparatifs furent longs et laborieux; peut-être pressentait-il que le changement serait plus important qu’on ne le supposait. Malgré ces prodigieux efforts, l’été de 1845 le retrouva encore à son poste.

Humboldt craignant que sa décision de terminer tout ce qu’il avait entrepris, entre autres le « Nomenclator )), ne lui causât des perplexités et des délais sans fin, lui écrivit ce qui suit ‘

* Alexandre de Humboldt à Louis Agassiz.

Berlin, le 16 septembre 1845.

.... Votre « Nomenclator » m’effraie dans les doubles emplois. La voie lactée a passé par là, ce sont des nébuleuses que vous allez résoudre en étoiles. Conservez de grâce vos forces. Vous traitez ce voyage comme un départ pour toute la vie. Hélas ! mon cher ami, on ne finit pas ! Avec tout ce que vous avez dans votre tête, si immensément meublée, et dans ces papiers accumulés depuis tant d’années et dont vous-même vous pouvez à peine connaître la moitié, le mot achever, aufrciumen, est malheureusement peu exact. Il vous restera toujours quelque chose sur le cœur. Je vous conjure donc, pour ne pas abuser de vos forces, de ne terminer que ce qui vous paraît le plus avancé.

Votre lettre m’est parvenue sans être accompagnée encore des ouvrages que vous avez la grâce de m’annoncer. Ces ouvrages arriveront sans doute par d’autres voies, et, malgré les agitations dans lesquelles je suis pour la continuation de mon « Cosmos », je saurai lire votre « Introduction » du Old Red et en profiter. Je commencerai par chanter des hymnes aux Hyperborées, pour

AGASSIZ. LETTRE DE HUMBOLDT

vous avoir aidé dans cette belle publication. Ce que vous dites de la différence spécifique en ligne verticale et d’un nombre plus grand d’époques biologiques est plein d’intérêt et de sagesse. Je comprends qu’il vous répugne de croire que la Baltique renferme des animaux microscopiques que l’on dit identiques avec ceux qui sont enfouis dans la craie ! Je prévois avec chagrin une bataille de Waterloo entre vous et mon ami sibérien Ehrenberg, qui vient de m’accompagner, après les fêtes Victoria, au volcan de l’Eifel avec Dechen. Pas un pouce sans infusoires dans ces parages ! De grâce, ne vous jetez pas dans les infusoires avant d’arriver aux lacs du Canada ou pendant le voyage. Attendez une époque plus tranquille de votre vie

Je dois terminer ici en vous priant de ne jamais douter de ma tendre affection. Certes, je ne blâmerais pas les cours que vous donneriez dans le Nouveau Monde et des cours payés. Vous propagerez des idées qui vous sont chères; vous répandrez des connaissances utiles et en même temps vous vous procurerez, par le moyen le plus honnête et le plus louable, des fonds supplémentaires pour votre voyage.

Il est intéressant de retrouver dans la correspondance suivante avec le professeur Adam Sedgwick l’attitude de ce dernier ainsi que celle d’Agassiz, dans des questions qui, dès lors, ont acquis une importance scientifique encore plus grande.

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