‹ Louis AgassizChapitre 170 sur 387 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

brés, y compris les poissons plus anciens du système silurien; mais ils constituent chacun une faune indépendante, aussi nombreuse que celle de n’importe quel parage des bords actuels de nos mers, étudiés sur des étendues comparables à celles des terrains d’où proviennent ces poissons. Je connais maintenant cent quatre espèces de poissons fossiles de YOld Red, appartenant à quarante-quatre genres, qui rentrent dans sept familles, dont plusieurs n’ont que fort peu d’analogie entre elles, quant à leur organisation; en sorte qu’il est absolument impossible de les considérer comme provenant d’une même souche primitive. La diversité primitive de ces types est déjà aussi remarquable qu’elle ne l’est à des époques beaucoup plus récentes. Il n’en est pas moins vrai cependant que, considérée dans le plan général de la création du règne animal, cette faune se présente comme un type inférieur de la série des vertébrés qui se rattache directement, dans la pensée créatrice, à la réalisation des faunes postérieures. La dernière de ces faunes, qui me paraît le but général de la création, devait placer l’homme à la tète des êtres organisés comme clef de voûte et terme de toute la série, comme le point de mire final dans l’intention préméditée du plan primitif qui a été réalisé progressivement dans la série des temps. Je dirai même que je crois que la création de l’homme a clos la création sur la terre, et je tire cette conclusion du fait que le genre humain est le premier type dans la nature qui soit cosmopolite. On peut même affirmer que l’homme est annoncé positivement, dans les phases du développement organique du règne animal, comme le dernier terme de cette série.

Enfin, y a-t-il quelque raison de considérer les Ichthyosaures comme des descendants des poissons Sauroïdes antérieurs à l’apparition de ces reptiles? Pas la moindre. Je considérerais même tout naturaliste qui poserait sé-

AGASSIZ A NEUCHATEL

pieusement cette question comme incapable de la discuter et de la juger. Il se mettrait en dehors de toute réalité et raisonnerait en ne se basant que sur ses propres idées

La Revue suisse d’avril 1845 contient l’article suivant sur le cours auquel Agassiz faisait allusion dans cette dernière lettre :

« Un auditoire très nombreux se réunissait le « "26 mars pour assister à la séance d’ouverture du « professeur Agassiz sur le « Plan de la création ». « C’est toujours avec un plaisir nouveau que notre « public vient entendre ce savant, jeune encore et « déjà si célèbre, qui, non content de poursuivre dans « la retraite ses nombreuses investigations scienti- « tiques, s’est fait une habitude de communiquer « presque annuellement devant un auditoire moins « restreint que l’auditoire académique, le résultat « général de quelques-uns de ses travaux. Un intérêt « tout particulier s’attachait au cours qu’il a ouvert « aujourd’hui; chacun savait que, pour la dernière « fois avant d’entreprendre un lointain voyage auquel « l’appellent tout ensemble le développement de ses « propres études et la confiance d’un souverain aussi « éclairé que généreux, M. Agassiz se faisait entendre « devant ses compatriotes qui l’aiment et savent « apprécier l’avantage et l’honneur de le posséder au « milieu d’eux. Aussi, lorsqu’en commençant l’expo- « sition du plan général de son cours, il a annoncé « que c’était en quelque sorte son testament scient i- « tique qu’il allait nous faire connaître, l’émotion « contenue du professeur a été ressentie par son « auditoire, et cette circonstance a prêté à la séance

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