AGASSIZ A SA MÈRE ET A SES AMIS
La lettre suivante, en nous racontant ce voyage, nous fait part de ses premières impressions sur les savants, sur les sociétés et sur les collections scientifiques des États-Unis; elle est adressée à sa mère et à quelques amis intimes de Neuchâtel, avec lesquels il avait, depuis nombre d’années, l’habitude de se réunir.
* Louis Agcissiz à sa mère et à ses amis de Neuchâtel.
Boston, le 2 décembre 184G.
Le temps passe si rapidement que j’ai à peine un moment pour écrire. Le seul moyen que j’aie d’abréger mon absence est de ne pas perdre un instant, afin d’accomplir plus vite la tâche que je me suis imposée. Heureusement que ma santé est excellente et me permet de faire a peu près tout ce que je veux. Je suis régulièrement quinze heures par jour à l’ouvrage, déduction faite du temps des repas et des visites qui sont par trop nombreuses. Ici. tout le monde se croit autorisé à témoigner l’intérêt qu’il porte aux sciences par le temps qu’il prend à ceux qui s’en occupent, et il est absolument impossible de se soustraire à ces visites. Il est d’usage d’aller droit à la porte de tout le monde, de heurter et d’entrer sans autre formalité, aussi me suis-je vu dans la nécessité d’avoir deux logements, dont l’un restera ignoré et où j’espère pouvoir travailler à mon aise; du moins j’y ai réussi jusqu’à présent.
N’ayant pas le temps de rédiger un récit complet du voyage que j’ai fait le mois dernier, je vais me borner à vous transmettre ici, telles quelles, les notes fugitives que j’ai inscrites dans l’un des jolis calepins que j’ai emportés comme souvenir de Neuchâtel. Tracées, chemin