‹ Louis AgassizChapitre 186 sur 387 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

quérir toutes ces collections d’objets d’art et de science qui embellissent nos villes, toutes ces bibliothèques auxquelles nous allons librement puiser, tous ces établissements d’instruction publique qui sont autant de sanctuaires consacrés à ceux qui veulent se vouer à l’étude. Ici, tout le monde travaille pour vivre ou pour faire fortune; peu d’établissements ont suffisamment vieilli et pris racine dans les habitudes du peuple pour être à l’abri des innovations; peu d’institutions offrent un ensemble d’études qui réponde aux besoins de la civilisation moderne; tout se fait par des efforts isolés d’individus généreux ou de corporations trop souvent guidées par les besoins du moment. Aussi la science américaine n’a-t-elle pas ce caractère de profondeur qui distingue l’instruction supérieure de notre vieille Europe. Les objets d’art sont des curiosités peu appréciées et généralement encore moins comprises. En revanche, la population entière participe à l’instruction très avancée qui est mise à la portée de tous

.... Je vous parlerais volontiers aussi des habitudes religieuses des Américains, s’il n’était pas si difficile d’en juger en général. Nous sommes trop enclins, en pareil cas, à prendre nos propres convictions comme une mesure absolue pour apprécier judicieusement les besoins spirituels des autres. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’aucune nation n’est plus scrupuleuse dans l’accomplissement de ses devoirs religieux que les Américains, à en juger du moins par la fréquentation des églises, qui sont toujours toutes remplies. A l’heure des services, les rues sont pleines d’allants et de venants qui se rendent chacun dans leur église et le fractionnement des cultes est poussé à l’excès. Chaque service a son caractère et les moindres divergences dans la croyance et dans les formes du culte deviennent le sujet de subdivisions ultérieures dans l’Église. Chacun exprime ses convictions à sa manière et

AGASSIZ EN AMÉRIQUE

dans les limites de sa foi, et fréquente le service du pasteur qui répond le mieux à ses convictions. Il n’y a pas, en matière religieuse, cette largeur de vues qui devrait toujours caractériser nos Églises protestantes, en raison même de la nature de leur origine; mais il y a plus de zèle et plus de ferveur en général que chez nous et surtout une tolérance parfaite de toutes les sectes les unes envers les autres, en principe du moins; cependant il me semble déjà avoir remarqué certains symptômes qui indiqueraient une tendance à des luttes religieuses. Cette expression libre de toutes les croyances est certainement un grand bienfait de la Constitution américaine et un gage de sécurité de plus pour un État basé sur le suffrage universel et si fréquemment sujet à de grands changements politiques

.... De Springfield, le chemin de fer suit le cours du Connecticut jusqu’à Hartfort pour gagner directement les côtes de la mer. Cette vallée ressemble beaucoup à celle du Rhin entre Carlsruhe et Heidelberg. Ce sont les mêmes roches et le même aspect de la campagne; partout du grès bigarré. Les forêts sont pareilles à celles de l’Odenwald et des environs de Baden-Baden. A mesure que l’on s’approche des côtes, on voit s’élever des cônes de basalte, semblables à ceux de Brissac et de Kaiserstuhl.

Le phénomène erratique est également très développé dans ces contrées; partout des roches polies sur le vieux grès rouge et sur le basalte, avec de magnifiques sillons et des séries de moraines parallèles qui se dessinent comme des remparts sur la plaine.

A New-Haven, je passai trois jours chez le professeur Silliman, avec lequel j’étais en correspondance depuis nombre d’années. L’Université possède une magnifique collection de minéraux, d’instruments et d’appareils de physique et de chimie créée par les soins du professeur Silliman, qui est le patriarche de la science en Amérique;

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