CHAPITRE XIII
Delaware et sur les bords du Schuylkill, entre lesquels la ville est située, je passai quatre jours à Philadelphie, tout occupé des magnifiques collections de l’Académie des sciences et de la Société de philosophie. Les collections zoologiques de l’Académie des sciences sont les plus anciennes des États-Unis, les seules, avec celles du capitaine Wilkes, qui puissent rivaliser d’intérêt avec nos musées d’Europe. C’est là que sont déposés les restes des collections du premier naturaliste distingué des États-Unis, de Say; c’est là aussi que sont les ossements fossiles et les animaux décrits par Harlan, par Godman et par Hayes et les fossiles dont parlent Conrad et Morton; c’est là que se trouve la collection unique des crânes humains du D1' Morton. Figurez-vous une série de six cents crânes, la plupart d’indiens de toutes les tribus qui habitent ou qui ont habité jadis l’Amérique tout entière ! Il n’existe rien de pareil nulle part. Cette collection, à elle seule, vaut un voyage en Amérique. M. Morton a eu l’obligeance de me donner le grand ouvrage in-folio, avec planches qu’il a publié et qui représente tous les types qu’il a recueillis.
Tout récemment, un riche citoyen de Philadelphie vient d’enrichir ce musée de la belle collection d’oiseaux du duc de Rivoli, qu’il a achetée pour trente-sept mille francs et donnée à sa ville natale. Le nombre d’ossements fossiles que renferme ce musée est considérable, surtout en Mastodontes et en autres fossiles des terrains crétacés et tertiaires Ajoutez que tout cela est à ma pleine et en-
tière disposition pour le décrire et le figurer et vous comprendrez le plaisir que j’en éprouve. La libéralité des naturalistes américains envers moi est sans pareille.
Je ne dois pas oublier la collection de coquilles fluviatiles de M. Lea; figurez-vous une série de ces magnifiques Unio des fleuves et des lacs d’Amérique, environ quatre cents espèces et variétés, représentées chacune par' une vingtaine d’exemplaires de tous les âges. Si je n’avais pas
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été empêché par un rendez-vous à Washington, et si j’avais pu rester trois ou quatre jours de plus pour les étiqueter et les emballer, j’aurais déjà pu emporter ces précieux objets, qui seront d’une grande importance pour vérifier et rectifier la synonymie des conc.hyliologistes d’Europe. Après avoir vu les étonnantes variations que subissent ces coquilles dans leur accroissement, j’ai acquis la conviction que tout ce que les naturalistes européens ont écrit sur ce sujet est à revoir. Ce n’est qu’avec de grandes séries d’individus que l’on peut tirer au clair l’histoire de ces animaux, et nous n’en avons que des individus isolés dans nos musées. Si j’avais le temps et les moyens de faire dessiner toutes ces formes, la collection serait à ma disposition et ce serait un travail très utile pour la science. Mais il faut viser à l’économie pour pouvoir au moins tout examiner, et le coin de pays (pie j’ai déjà vu est bien petit en comparaison de la vaste étendue de ce continent.
Il y a encore à Philadelphie plusieurs autres collections publiques et particulières que je n’ai vues qu’en passant; celle de l’École de médecine et celle du vieux Peale qui a découvert le premier Mastodonte entier des États-Unis (maintenant monté de toutes pièces dans son musée), celle du Dv Griffith, riche en coquilles du golfe du Mexique, celle de M. Ord, etc.
Pendant mon séjour, il y avait aussi une exposition des produits de l’industrie à l’Institut Franklin, où j’ai surtout remarqué les produits chimiques. Il n’y a pas moins de trois professeurs de chimie à Philadelphie : MM. Hare, Bootli et Frazer; le premier est, je crois, le plus connu en Europe. Comme les choses paraissent différentes de près! Je me croyais passablement au courant de ce qui se faisait dans les sciences aux États-Unis, mais j’étais loin de m’attendre à y voir tant de choses intéressantes et importantes. Ce qui manque à tous ces hommes, ce n’est ni