‹ Louis AgassizChapitre 189 sur 387 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

le zèle, ni le savoir; sur l’un et l’autre de ces points, ils peuvent rivaliser avec nous, et leur activité, leur ardeur surpasse celle de la plupart de nos savants; ce qui leur manque, c’est du loisir. Jamais je n’ai éprouvé plus vivement qu’à présent ce que je dois de reconnaissance au roi pour m’avoir fourni les moyens de me consacrer entièrement à la science, sans inquiétude, sans distractions. Aussi je ne perds pas un moment, et lorsque je reçois des invitations trop en dehors du cercle des hommes que je tiens à connaître particulièrement, je refuse tout simplement, en ajoutant que je ne suis pas libre de disposer pour mon plaisir d’un temps qui ne m’appartient pas. Personne

ne peut s’en offenser et je ne m’en trouve que mieux

Je 11e m’arrêtai à Baltimore que le temps nécessaire pour voir la ville; c’était un dimanche; je n’aurais pu faire aucune visite et je tenais à arriver de bonne heure à Washington; aussi profitai-je du premier départ du chemin de fer pour m’y rendre. Le plan de la capitale des États-Unis a été établi sur des dimensions gigantesques; aussi la plupart des quartiers sont-ils à peine indiqués par quelques maisons isolées, ce qui a valu à la ville le surnom de « Cité aux magnifiques distances ». Quelques-unes des rues sont réellement belles et le Capitole est vraiment grandiose

C’est un beau trait du caractère des Américains que leur profonde vénération pour le fondateur de leur république. On en trouve partout des traces, chez les particuliers comme dans les monuments publics; plus de deux cents villages ou comtés portent son nom, ce qui n’est pas très commode pour l’administration des postes.

Après avoir visité le Capitole, ainsi que le palais du Président, et déposé ma lettre d’introduction chez le ministre du roi, j’allai voir le musée de l’Institut national. J’étais très impatient d’avoir le moyen d’apprécier, dans le domaine des sciences que je cultive, la juste valeur

AGASSIZ EN AMÉRIQUE

scientifique des résultats du voyage du capitaine Wilkes autour du monde, ce voyage ayant été l'objet de louanges et de critiques également exagérées. J’avoue que j’ai été très agréablement surpris à la vue des richesses des collections zoologiques et géologiques; je ne crois pas qu’aucune expédition européenne ait fait plus et mieux, et dans plus d’un département, par exemple pour les crustacés, la collection de Washington surpasse en beauté et en nombre toutes celles que j’ai vues. C’est surtout au Dr Pickering et à M. Dana qu’elles sont dues. N’ayant pas pénétré dans l’intérieur des continents, lorsqu’il visitait les régions tropicales, les collections d’oiseaux et de mammifères que M. Peale était chargé de faire sont moins considérables. M. Gray m’a dit que celles de botanique étaient immenses. Mais ce qui est peut-être encore plus précieux que toutes les collections, ce sont les magnifiques dessins de mollusques, de zoophytes, de poissons et de reptiles que MM. Dana et Pickering ont rapportés et qui ont été peints sur le vivant par un artiste bien distingué, M. Drayton. Toutes ces planches, au nombre de six cents environ, sont déjà en partie gravées; je ne puis les comparer qu’à celles de l’astrolabe; mais elles sont bien supérieures à celles des naturalistes français par la vérité des poses et le naturel des allures, surtout celles des mollusques et des poissons. Les Zoophytes vont paraître; ils sont admirables de détails La partie hydro-

graphique, ainsi que le récit du voyage, rédigé par le capitaine Wilkes et publié depuis quelque temps, renferme une masse énorme de renseignements et surtout plus de deux cents cartes marines; c’est prodigieux! Le nombre des sondages est également immense. Malheureusement, le capitaine Wilkes était absent et je n’ai pas pu le voir1.

1 Agassi/ s’occupa plus tard de ces collections de poissons: quant à la publication des résultats obtenus, elle dut être suspendue, faute de ressources.

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