CHAPITRE PREMIER
seilla d’aller respirer l’air de sa patrie et il partit pour Orbe en compagnie de Braun qui ne voulut le quitter qu’après l’avoir installé chez ses parents. L’extrait suivant de la correspondance entre Braun et Agassiz donne une idée de l’emploi de son temps dans la maison paternelle.
Louis Agassiz à Alexandre Braun.
(Trad. de l'allemand.)
Orbe, le 26 mai 1827.
Depuis que je suis ici, je me suis promené consciencieusement et j’ai recueilli bon nombre de plantes, mais elles ne sont pas encore sèches. J’en ai plus de cent espèces dont vingt exemplaires environ de chacune; dès qu’elles seront suffisamment pressées, je t’en enverrai quelques-unes étiquetées, afin que tu puisses bien les reconnaître; mais prends garde de ne pas déplacer les numéros en ouvrant le paquet. Si tu en veux davantage de n’importe quelle espèce, fais-le moi savoir; si Schimper en désire, je lui en offre aussi
J’ai eu la chance de trouver à Neuchâtel au moins trente exemplaires du Bombinator obstetricans ' avec ses œuts. Dis au D1 Leuckart que je lui en apporterai; il y en aura aussi pour toi. J’en ai conservé quelques-uns vivants dans de la mousse humide; au bout de quatorze jours, les œuts étaient devenus presque aussi gros que des pois et les petits têtards qu’ils contenaient, se mouvaient dans toutes les directions. La mère détacha les œufs de ses jambes et 1 un des petits, qui était sorti de l’œuf mourut faute d eau; je plaçai ensuite la grappe d’œufs dans un
1 Crapaud accoucheur.
AGASSIZ A ORBE
vase rempli d’eau et voila, qu’au bout dune demi-heuit, une vingtaine de petits têtards nageaient i\ ement de tous côtés. Je ne m’épargnerai aucune peine poui les élever et j’espère en fin de compte obtenir de beaux crapauds. Ma sœur aînée m’en fait chaque joui des dessins qui montreront leur développement graduel
Je dissèque à présent, autant que je puis, en prenant des sujets aussi variés que possible; c est ma piincipale occupation; souvent aussi j’étudie avec grand plaisii la Philosophie de la nature, , de Oken. Je suis impatient de recevoir la caisse que vous m’avez sans doute déjà expédiée, car j’ai un grand besoin de mes livres. En attendant je lis un ouvrage d’histoire naturelle et, comme tu le vois, je ne fais pas trop le paresseux; mais les soirées passées à Heidelberg, avec Schimper et toi, me manquent et j’aimerais bien être de nouveau auprès de vous. Je crains seulement que quand cet heureux temps sera là, il ne passe trop vite
Alexandre Braun à Louis Agassiz.
(Trad. de l'allemand.)
Heidelberg, mai 1827.
Je suis arrivé à Heidelberg jeudi soir, le 10. Les
cours de médecine n’ont commencé que la seconde semaine de mai, en sorte que je regrette presque d’être
rentré si tôt J’ai passé très agréablement ma dernière
soirée à Bâle avec M. Rœpper, auquel je dois bientôt écrire. Il m’a donné beaucoup de spécimens d’histoire naturelle, m’a fait voir des choses magnifiques et m’a fourni des renseignements fort intéressants ; c’est un véritable et excellent botaniste qui ne se borne pas à collectionner comme tant d’autres. 11 n’est pas non plus