‹ Louis AgassizChapitre 191 sur 387 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

invitation. J’ai en surtout du plaisir à faire la connaissance de MM. Leconte, père et fils, qui possèdent la plus belle collection d’insectes qui existe aux États-Unis. Je pourrai facilement en échanger quelques milliers, lorsque j’aurai reçu ceux que M. Coulon doit mettre à part pour mes échanges

Si j’étais peintre, je vous tracerais un panorama des rives de l’Hudson, au lieu de vous raconter le voyage que j’ai fait de New-York à Albany. Je ne connais que les bords du Rhin qu’on puisse comparer à ceux de ce magnifique fleuve. La ressemblance qu’ils ont entre eux est des plus frappante; les sites, la nature des rochers, l’aspect des villes et des villages, la forme des ponts d’Albany, jusqu’aux allures des habitants, la plupart d’origine hollandaise ou allemande, tout est semblable

Je m’arrêtai à West-Point pour faire la connaissance des professeurs de l’École militaire, sorte d’École polytechnique dans laquelle se forment surtout les officiers du génie. Je connaissais de réputation le professeur Bailey, auteur de recherches ' très minutieuses et très intéressantes sur les animalcules microscopiques d’Amérique. J’avais à lui remettre une brochure d’Ehrenberg auquel il a fourni de nombreux matériaux pour son grand ouvrage sur les infusoires fossiles. J’ai passé avec lui trois journées délicieuses à examiner ses collections dont il m’a largement fait part. Nous avons aussi fait plusieurs excursions dans les environs pour étudier le phénomène erratique et les traces des glaciers qui couvrent partout le sol. Le cortège habituel des glaciers s’y trouve en entier; on voit des roches polies très distinctes, des moraines continues sur de grands espaces et séparées par des limons stratifiés, comme sur les bords du glacier de Grindelwald, et l’œil suit à une grande distance dans l’intérieur les roches moutonnées

Albany est le siège du gouvernement de l’État de New-

AGASSIZ EN AMÉRIQUE

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York. Il y a là une Université et une École de médecine, une société d’agriculture, un musée géologique, un musée d’histoire naturelle. Le gouvernement vient d’achever la publication d’un ouvrage unique dans son genre; c’est une histoire naturelle du pays en seize volumes in-quarto, avec planches, imprimée à deux mille cinq cents exemplaires, qui ont été distribués dans le pays, et cinq cents seulement mis en vente. Quatre volumes sont consacrés à la géologie et à l’exploitation des mines, les autres à la

zoologie, à la botanique et à l’agriculture Oui, deux

mille cinq cents exemplaires d’un ouvrage de seize volumes in-quarto, répartis dans l’État de New-York seulement! Quand je pense que j’ai commencé mes études d’histoire naturelle par copier des centaines de pages d’un Lamarck qu’on m’avait prêté, et qu’aujourd’hui il y a un État dans lequel le moindre fermier peut avoir accès à un ouvrage de luxe, qui, à lui seul, équivaut à une bibliothèque, je bénis les efforts de ceux qui s’occupent de l’instruction publique. Savez-vous bien qu’en réunissant tous les Mémoires plus ou moins bien rédigés qui ont été imprimés à quelques cents exemplaires chez nous, tous les traités d’histoire naturelle et de géologie publiés en Suisse, nous n’aurions rien qu’on pût comparer à ce recueil

Je n’ai pas négligé l’occasion que la rivière du Nord (l’Hudson) m’offrait d’étudier les poissons d’eau douce de cette contrée. J’en ai rempli un baril. Les espèces sont très différentes des nôtres, à l’exception de la perche, de l’anguille, du brochet et du vengeron, que l’œil exercé peut seul distinguer; tous les autres appartiennent à des genres inconnus à l’Europe ou du moins à la Suisse

J’ai été assez heureux pour me procurer, en peu de jours, toutes les espèces que l’on prend dans les lacs et les rivières des environs d’Albany, outre celles que je viens de mentionner. On m’en a donné plusieurs autres

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