‹ Louis AgassizChapitre 195 sur 387 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

croire qu’on travaille ou du moins qu’on peut travailler à Paris mieux que partout ailleurs et je m’estimerais heureux d’y avoir mon nid, mais qui le fera pour moi? Je suis moi-même incapable de faire des efforts pour autre chose que pour mes travaux scientifiques

* Louis Agassiz à H. Milne Edwards.

Boston, le 31 mai 1847.

.... Après six semaines d’une indisposition qui m’a rendu incapable de travailler d’une manière sérieuse, je sens le besoin de me reporter au milieu de mes amis de Paris, de ces hommes tout dévoués à la science et qui en comprennent si bien la portée et l’influence. Aussi me voilà tout naturellement m’acheminant vers la rue Cuvier, où je monte chez vous, sûr d’v rencontrer la société la plus choisie. On m’adresse question après question sur ce Nouveau Monde, où je n’ai encore fait que débarquer, et sur lequel j’aurais néanmoins déjà tant à dire, si je savais le faire assez brièvement pour ne pas abuser de votre patience. Tout naturaliste que je suis, je ne puis m’empêcher de placer en première ligne, parmi les choses qui m’ont le plus frappé, le peuple même qui a ouvert cette partie du continent américain à la civilisation européenne. Quel peuple et quel avenir ! Mais il faut être au milieu d’eux pour les comprendre. Notre éducation, les principes de notre société, les mobiles de nos actions, tout chez nous est trop différent de ce que je vois ici, pour que je me sente capable de vous tracer un portrait ressemblant de cette grande nation qui passe de l’état d’enfance à celui d’adolescence, ayant tous les défauts des enfants gâtés avec toute la noblesse de caractère et l’enthousiasme du plus bel âge de la vie. Tous leurs regards sont tournés

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