AGASSIZ A MILNE EDWARDS
vers l’avenir; leur vie sociale n’est pas encore liée d’une manière inséparable à des antécédents féconds en exigences; aussi rien ne les arrête-t-il, si ce n’est peut-être l’opinion qu’on pourra avoir d’eux en Europe. C’est un fait curieux dans la vie du peuple américain en général et des individus en particulier, que cette déférence pour l’Angleterre, car malheureusement pour eux, l’Europe, c’est presque uniquement l’Angleterre. Ils nous connaissent assez peu, même après avoir fait une tournée en France, en Italie ou en Allemagne. C’est d’Angleterre qu’ils reçoivent leur littérature; c’est par elle que les travaux scientifiques de l’Europe centrale leur arrivent....
Malgré cette sorte de dépendance dans laquelle les savants américains se sont volontairement placés vis-à-vis des Anglais, j’ai conçu une très bonne opinion de leur savoir, depuis que j’ai appris à les connaître de plus près, et je crois que nous pourrions leur rendre un vrai service, et par- là même à la science, en les relevant à leurs propres yeux et en les soustrayant à la tutelle qu’ils subissent, pour nous les rattacher plus étroitement. Ne pensez pas qu’il y ait dans ces remarques le moindre sentiment d’hostilité contre les savants anglais, que personne n’a de plus justes motifs que moi d’aimer et d’estimer. Mais quand je vois un aussi grand nombre d’hommes dignes de voler de leurs propres ailes, je me demande pourquoi on ne leur donnerait pas un coup de main pour leur aider à prendre leur essor. Il 11e leur manque que de la confiance en eux-mêmes et quelque distinction venant d’Europe suffirait pour la leur donner...
Parmi les zoologistes de ce pays je place en tète M.Dana. Tout jeune encore, il est riche d’idées et de laits, également habile géologue et savant minéralogiste. Quand paraîtra le complément de son ouvrage sur les polypiers caractéristiques des genres et des espèces, vous pourrez mieux le juger. Vous en ferez un jour un correspondant