‹ Louis AgassizChapitre 199 sur 387 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

occupé à recueillir des poissons et des oiseaux et à faire une collection de bois. Les forêts de ce pays sont très différentes des nôtres, quoique sous des latitudes pareilles. J’ai même fait la curieuse remarque que, par leur caractère général, elles ressemblent d’une manière étonnante aux forêts de l’époque de la molasse, et cette analogie est encore confirmée par celle qui existe entre les animaux de ce pays et ceux des côtes orientales de l’Asie, comparés avec ceux de la molasse, les Chelydres, Andréas, etc. J’enverrai à ce sujet une note à M. Brongniart, dès que j’aurai trouvé le temps de la rédiger. J’ai aussi fait sur le phénomène erratique de nombreuses observations, que j’ai hâte de transmettre à M. Élie de Beaumont. Ce phénomène, déjà si difficile à expliquer chez nous, est ici compliqué par le voisinage de la mer et des vastes régions de pays plat sur lesquelles les glaciers se sont étendus.

Le développement des méduses m’a occupé récemment pendant quelques jours. En étudiant les actinies, j’ai fait une découverte qui m’a frappé et dont je vous prie de faire provisoirement part à l’Académie, en attendant que je puisse vous envoyer sur ce sujet un Mémoire accompagné de planches. Malgré leur apparence étoilée, les astéries ont, comme les oursins, des traces non équivoques d’une disposition symétrique de leurs organes par paires et une extrémité antérieure et une postérieure faciles à reconnaître à la forme particulière de certains plis de l’ouverture buccale. Je me suis assuré que les madrépores ont quelque chose d’analogue dans l’arrangement des feuillets de leurs cellules, en sorte que je suis tenté de croire que cette tendance à une symétrie paire est un caractère général des polypes, masqué sous une forme étoilée. Chez les méduses, on observe des faits semblables dans la disposition des appendices marginaux et des ocelles. J’attache d’autant plus d'importance à ces observations, qu’elles nous permettront sans doute d’établir un

AGrASSIZ A MILNE EDWARDS

jour, d’une manière plus satisfaisante qu’on n’a pu le faire jusqu’à présent, les rapports naturels qui existent entre les animaux rayonnés et les autres grands types du règne animal.

Cet été, je compte explorer les lacs inférieurs du Canada et les régions à l’est jusqu’à la Nouvelle-Écosse; en automne, je reprendrai mes excursions sur la côte et dans les Alleghanys et je passerai une partie de l’hiver dans les Carolines. J’écrirai sous peu à M. IJrongniart pour lui faire part de mes projets pour l’année prochaine. Si le Muséum était disposé à m’aider dans mes entreprises, je désirerais faire, l’été prochain, un voyage dans une zone que les naturalistes ont complètement négligée jusqu’à présent; je veux parler de la région des petits lacs qui forment les sources du Mississipi, à l’ouest du lac Supérieur, et de celle qui s’étend entre ce grand bassin d’eau douce et l’anse méridionale de la baie d’Hudson. J’emploierai tout l’automne à explorer la grande vallée du Mississipi et je passerai l’hiver sur les bords du golfe du Mexique.

Mais pour exécuter de pareils projets, il me faudrait des ressources plus considérables que celles que je puis me créer par moi-même; car, sous peu, je serai au bout des subsides qui m’ont été accordés par le roi de Prusse. Cependant, je subordonnerai tous mes projets aux éventualités dont vous avez bien voulu me parler, car, malgré l’intérêt croissant qu’offre l’exploration d’une contrée aussi riche que celle que je viens de visiter, malgré l’accueil par trop flatteur qui m’a été fait ici, je sens très bien qu’après tout, on ne travaille nulle part mieux que dans notre vieille Europe, et l’amitié que vous m’avez témoignée est un motif plus que suffisant pour moi de retourner le plus tôt possible à Paris.

Veuillez, mon cher Monsieur, me rappeler au bon souvenir de nos amis communs. J’ai rassemblé quelques

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