CHAPITRE XVI
Il passa sons ce toit hospitalier le quarantième anniversaire de sa naissance. C’était la première fois qu’il se trouvait si éloigné de sa patrie dans une circonstance pareille, et son hôte Je voyant à la fenêtre, abattu et plongé dans ses réflexions, lui demanda : « Pourquoi êtes-vous si triste ? » — « D’être si vieux et d’avoir encore si peu fait», répondit-il. Peu de semaines après, il fut en état de reprendre ses travaux.
Agassiz ne pouvait pas tarder à vouer en Amérique, comme il l’avait fait en Europe, une attention toute particulière au phénomène glaciaire. Dans une conférence qu’il donna plus tard, il raconte ses premières impressions à cet égard :
« En automne 1846, dit-il, après avoir cherché « des traces de glaciers en Angleterre, je m’embar- « quai pour l’Amérique. Quand le steamer s’arrêta à . « Halifax, impatient de mettre le pied sur ce nouveau « continent si rempli d’espérances pour moi, je sau-
tai à terre et je courus jusque sur les collines qui « dominent le débarcadère. Sur le premier terrain « vague en dehors de la ville, j’aperçus les traces « habituelles des glaciers : les surfaces polies, les « stries et les sillons si bien connus dans l’Ancien « Monde, et j’acquis la conviction, prévue comme « conséquence logique de mes recherches antérieures, « qu’ici également ce puissant agent avait accompli « son œuvre. »
Nous ne serons donc pas étonnés de le voir écrire, quelques mois après son arrivée, la lettre suivante :
AGASSIZ EN AMERIQUE
Louis Agcissiz à Élie de Beaumont.
(Trad. de l’anglais.)
Boston, le 31 août 1847.
.... J’ai attendu pour vous écrire d’avoir observé quelques faits dignes de réclamer votre attention. J’avoue que l’étude des animaux marins, que je puis pour la première fois observer dans leurs conditions naturelles d’existence, m’a occupé presque exclusivement depuis mon arrivée aux États-Unis, et ce n’est qu’accidentellement, pour ainsi dire, que j’ai porté mon attention sur la paléontologie et sur la géologie. Je dois cependant en excepter le phénomène glaciaire, problème dont la solution m’a toujours vivement intéressé.
Cette grosse question, loin de se présenter ici sous un aspect plus simple, se trouve compliquée par des détails que je n’avais jamais observés en Europe. Par bonheur, M. Desor, qui avait été en Scandinavie avant de me rejoindre, appela de suite mon attention sur certains points de ressemblance entre le phénomène, tel qu’il l’avait remarqué là-bas, et ce que j’ai vu dans le voisinage de Boston. Dès lors, nous avons fait ensemble différentes excursions et nous avons visité le Niagara; en un mot, nous nous sommes efforcés de recueillir tous les faits spéciaux concernant le phénomène glaciaire en Amérique
Vous savez sans doute qu’ici toutes les surfaces rocheuses sont polies. Je ne crois pas qu’il existe nulle part ailleurs, sur une plus grande étendue, des roches polies et moutonnées dans un meilleur état de conservation. Comme chez nous, les débris erratiques sont répandus sur cette surface avec des cailloux rayés, en-