‹ Louis AgassizChapitre 208 sur 387 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

ticulièrement graves à Neuchâtel où le parti républicain 11e tarda pas à renverser le gouvernement et à rendre ce canton complètement indépendant de la monarchie prussienne. Pour le moment, tout y était bouleversé, 1 avenir des institutions scientifiques semblait compromis et Agassiz se trouvait délié de ses engagements envers l’ancienne administration.

Dans ce même moment, on organisait à Cambridge (Massachusetts) une école scientifique dépendant de I Université de Harvard. Cet établissement, connu sous le nom de Lawrence scientific school, devait son existence à la générosité d’Abbot Lawrence, jadis ministre des États-Unis à Londres. On offrit immédiatement a Agassiz la chaire d’histoire naturelle (zoologie et géologie) avec un traitement de quinze cents dollars, garanti par M. Lawrence lui-même, jusqu au moment où les rétributions des étudiants procureraient trois mille dollars à leur professeur, ce qui toutefois n’arriva jamais. Les cours d’Agassiz étaient toujours très fréquentés, mais les étudiants de branches spéciales étant peu nombreux, ces rétributions n’élevèrent jamais d’une manière sensible les honoraires du professeur. Ce déficit cependant se trouva compensé jusqu’à un certain point par la clause de son contrat, qui lui accordait une entière liberté de donner ailleurs des conférences.

Par suite de la nouvelle position qui lui était faite, Agassiz dut s’établir à Cambridge, où il donna son premier cours en avril 1848. Il n’aurait pu arriver dans un moment plus favorable pour y former d’agréables relations. L’Université était alors oroanisée sur

une plus petite échelle qu’aujourd’hui, mais parmi ses

AGASSIZ A CAMBRIDGE

professeurs se trouvaient des hommes qui auraient illustré n’importe quel établissement scientifique. Les lettres étaient représentées par Longfellow, Lowell et Felton, l’helléniste distingué dont Longfellow a dit :

« L’Attique eût dû te donner le jour ». Les sciences pouvaient citer avec honneur le mathématicien Pierce, le Dr Asa Gray, récemment installé au Jardin botanique et J effries Wyman, professeur d’anatomie comparée, nommé à peu près en même temps qu’Agassiz. A ces hommes éminents ajoutons, comme ayant exercé beaucoup d’influence sur l’Université d’Harvard, le D1' Bâche, directeur du Coast Survey et Charles-Henry Davis, chef de l’administration du Nautical Almanac.

11 eut été difficile de trouver une réunion d’hommes aussi remarquables et aussi unis entre eux par des relations personnelles et intellectuelles. Associons à ces noms ceux de Prescott, de Ticknor, de Motley et de Holmes qui se présentent tout naturellement. Si Emerson vivait un peu plus retiré dans sa campagne île Concord, son intluence n’était pas moins puissante sur toute cette société, et la connaissance qu’il lit d’Agassiz se transforma promptement en chaude amitié. Tel était le cercle agréable et cultivé au milieu duquel il fut accueilli dans ces deux villes, qui devinrent, presque à titre égal, son Home et où les liens intimes qu’il contracta adoucirent pour lui l’amertume de l’exil.

H ne tarda pas à prendre part à la vie sociale de Cambridge, rendant à son tour les nombreuses invitations qui lui étaient adressées, et ses soirées du samedi ne manquaient pas d’attrait, malgré le caractère étrange et un peu original de son intérieur. Un

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