‹ Louis AgassizChapitre 22 sur 387 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

foncées marquaient la place des yeux et une raie longitudinale, celle de l’épine dorsale. Peu à peu tout devint plus distinct, les yeux, la bouche et les fosses nasales, ainsi que la queue, enroulée en demi-cercle autour du corps; la peau était si transparente que l’on pouvait distinguer facilement les pulsations du cœur et le sang dans les veines; le jaune de l’œuf n’avait pas diminué d’une manière sensible. Les mouvements du petit animal, alors tout à fait perceptibles, étaient vifs et saccadés. Après trois ou quatre semaines les œufs avaient atteint la grosseur d’un pois, les sacs s’étaient crevés à la place où les œufs se trouvaient attachés et les petites créatures remplissaient complètement l’enveloppe de l’œuf. Elles se mouvaient constamment et très rapidement. La femelle dépouilla alors ses jambes des œufs qui s’v trouvaient attachés; elle paraissait très inquiète et sautait constamment de tous côtés dans la cuve, mais elle se calma quand j’eus ôté l’eau. Les œufs furent bientôt en liberté et je les plaçai dans un vase peu profond rempli d’eau fraîche; leur agitation augmenta et voilà qu’avec la rapidité de l’éclair un petit têtard se dégagea de son œuf, s’arrêta étonné, restant en contemplation devant l’immensité du monde ou faisant quelque réflexion philosophique, et s’esquiva rapidement à la nage. Je leur donnai souvent de l’eau fraîche et pour nourriture des feuilles délicates et du pain; ces petits animaux mangeaient avec avidité. Jusqu’alors, leurs différents degrés de développement ont été dessinés minutieusement par ma sœur aînée. Ayant dû me rendre à Vallorbes, on me promit de prendre soin de ma jeune couvée pendant mon absence; mais quand je revins, je vis qu’elle avait été oubliée et que tous les petits étaient morts; comme ils n’étaient pas encore décomposés, je pus toutefois les conserver dans de l’alcool. Je n’ai jamais vu leurs branchies, mais je chercherai à découvrir si elles sont placées en dedans

AGASSIZ A ORBE

Alexandre Braun à Louis Agassi z.

(Trad. de l’allemand.)

Carlsruhe, le 9 août 1827.

Je viens t’annoncer que je me suis décidé à quitter

Heidelberg cet automne et à faire un pèlerinage à Munich, en t’invitant à être mon compagnon de voyage. A en juger d’après une lettre détaillée de Dôllinger, l’enseignement des sciences naturelles n’y laisse rien à désirer; en outre, les cours sont gratuits et le théâtre est ouvert aux étudiants, moyennant vingt-quatre kreutzer. Rien n’y manque en fait d’attraits ou de ressources ; les logements sont à peine plus chers qu’à Heidelberg et la pension aussi bon marché; la bière est abondante et excellente. Laissetoi persuader par toutes ces raisons. Nous aurons Gruithuisen pour l’astronomie populaire, Schubert pour l’histoire naturelle en général, Martius pour la botanique, Fuchs pour la minéralogie, Seiber pour les mathématiques, Starke pour la physique, Oken pour toutes les branches. Celui-ci donnera en hiver des cours sur la philosophie de la nature, sur l’histoire naturelle et la physiologie. L’enseignement de la clinique sera bon. Les professeurs deviendront vite nos amis. La bibliothèque contient tout ce qu’on a de mieux en fait de botanique et de zoologie, et les musées, toujours ouverts au public, ont de très riches collections. On ne sait pas encore si Schelling donnera des cours.

De Munich on peut facilement faire de petites courses de vacances, à Salzburg et dans les Alpes Carinthiennes. Écris-moi bientôt si tu veux venir boire avec moi de la bière de Bavière et du schnapski, et indique-moi l’époque où nous te verrons à Heidelberg et à Carlsruhe. Tu me

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