CHAPITRE XVI
diés cette année, vous sont bien parvenus, ainsi qu’un autre sur la classification des insectes d’après leur développement. Je me suis occupé spécialement de l’organisation des animaux invertébrés et des faits qui peuvent servir à perfectionner leur classification. J’ai réussi à découvrir entre les trois classes des rayonnés et également entre les classes des mollusques, la même unité de structure qui avait déjà été observée chez les vertébrés et en partie chez les articulés. C’est vraiment un plaisir pour moi de pouvoir maintenant démontrer dans mes cours les gradations insensibles qui existent entre les polypes, les méduses et les échinodermes, et de pouvoir désigner par les mêmes noms des organes en apparence si différents. L’examen minutieux de l’épaisseur du test chez les échinodermes m’a spécialement révélé les relations inattendues qui existent entre les oursins et les méduses. Personne, je suppose, ne soupçonne à présent que l’enveloppe solide des scutéllœ et des clypeasters soit traversée par un réseau de tubes radiés, correspondant à ceux des méduses, si bien définis par Ehrenberg dans ïaurelia aurita. Si les zoologistes de Berlin veulent se donner la peine de limer la surface du test d’un echinarachnius parma , ils trouveront un canal circulaire aussi large et aussi continu que celui des méduses. Les tubes aquifères, mentionnés ci-dessus, s’ouvrent à l’intérieur de ce canal.
Mais la même chose peut être remarquée avec diverses modifications dans d’autres genres de la même famille. Depuis que j’ai réussi, par exemple, à injecter un liquide coloré dans les Beroïdés et à les conserver vivants pendant que ce liquide circulait dans leur niasse transparente, j’ai pu prouver l’identité de leurs zones de franges locomotrices (peignes), d’où vient leur nom de cténophores, avec l’appareil ambulacral (locomoteur) des échinodermes. Muni de ces faits, il n’est pas difficile de recon-
AGASSIZ. LETTRE A A. DE HUMBOLDT
naître les vraies formes beroïdales dans l’embryon des oursins et des étoiles de mer, d’après les magnifiques planches publiées par Millier, et de prouver ainsi l’origine médusoïde des échinodermes, de même qu’on a déjà établi l’origine polypoïde des méduses. Je ne fais pas allusion ici à leur origine primitive, mais simplement au fait général que, parmi les rayonnés, les embryons des classes plus élevées représentent en miniature les types des classes inférieures, comme, par exemple, ceux des échinodermes ressemblent aux méduses et ceux des méduses aux polypes.
Ayant passé la plus grande partie de l’hiver dernier dans la Floride, où j’étais spécialement occupé à étudier les récifs de coraux, j’ai eu la meilleure occasion possible de poursuivre mes recherches embryologiques sur les coraux. J’ai découvert parmi eux des relations (pii me permettent maintenant de déterminer la classification de ces animaux, suivant leur mode de développement, avec une exactitude plus complète qu’il n’a été possible de le faire jusqu’à présent et même d’assigner à leurs différents types un rang supérieur ou inférieur, s’accordant avec leur succession géologique, comme je l’ai déjà fait pour les poissons. Je suis sur la voie de résultats semblables pour les mollusques et pour les articulés, et je puis même dire maintenant, en termes généraux, que les plus anciens représentants de toutes les familles appartenant à ces grands groupes rappellent d’une manière frappante les premières phases du développement embryonique de leurs successeurs dans des formations plus récentes, et même que les embryons de familles comparativement récentes rappellent des familles appartenant à d’anciennes époques. Vous trouverez quelques allusions à ces résultats dans mes conférences sur l’embryologie, mentionnées dans mon ouvrage sur le lac Supérieur; je vous en ai envoyé deux exemplaires, afin que vous le receviez sûrement. Mais ces premières données sont arrivées maintenant à