‹ Louis AgassizChapitre 229 sur 387 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

la plus heureuse influence sur les jeunes gens qui l’entouraient et attirait à elle sans effort tout ce qu’il y avait de plus brillant et de plus intelligent dans la société de Charleston.

L ’ Arbre creux , où l’on jouissait d’une si aimable hospitalité, était devenu le centre d’une vie intellectuelle libre de toute gêne et de vaines formalités. ^ est là qu’Agassiz et sa famille passèrent d’heureux moments pendant le séjour qu’ils firent au Sud, en 1852. Les fenêtres ouvertes et l’air embaumé de douces senteurs faisaient oublier, en dépit du feu de cheminée, qu’on était en hiver; les journées se passaient dans les forêts parfumées de jasmin jaune ou dans la vérandah ensevelie sous un fouillis de roses et de plantes grimpantes. Quant aux soirées, elles étaient souvent consacrées à des discussions sur des

sujets scientifiques ou sur les théories du jour, ce qui les entraînait parfois de la région des faits dans celle de l’imagination.

Un sujet sur lequel on revenait toujours, était celui de l’origine de la race humaine. Agassiz crovait. fermement que les hommes ne provenaient pas d’une souche commune, mais de centres divers et que les groupes primitifs de la famille humaine correspondaient d’une manière générale à la distribution des animaux et à leurs combinaisons en faunes L Ses études spéciales de zoologie l’absorbaient trop pour lui permettre de pousser jusqu’au bout ses investigations sur ce grave sujet, mais il ne l’oubliait jamais

1 Voyez: Sketch, of the Natural Provinces ofthe Animal World and their relation to the différent Types of Man, qui figure dans les Types of Mankind, de Nott et Gliddon.

AGASSIZ. LES RACES HUMAINES

dans ses vues sur l’ensemble du règne animal. L intérêt que Mmc Holbrook prenait à ses travaux, lui était d’un grand prix et nous reproduisons ici une lettre d’Agassiz qui semble être un écho de ces causeries du soir, au coin du feu, pendant l'hiver passé à Y Arbre creux.

Louis Agassiz à Madame Holbrook.

(Trad. de l’anglais.)

Cambridge, juillet 1852.

.... Je travaille de nouveau la question des races humaines et j’ai ouvert une nouvelle voie dans cette direction. La méthode, suivie par les précédents investigateurs, ne me paraît pas du tout la meilleure, puisqu il y a si peu d’entente entre eux. La difficulté provient sans doute du fait que, d’un côté, on a cherché la preuve de l’unité des races en se préoccupant de mettre les résultats d’accord avec l’interprétation prédominante de la Genèse et que, d’un autre côté, on s’est placé à un point de vue trop zoologique, en ne s’attachant qu’aux différences observées. En outre, les deux opinions ont écarté presque toutes les preuves tirées de l’examen des races ellesmêmes.

Il me semble tout d’abord qu’il faut examiner la question de savoir si l’on doit appliquer à l’homme les mêmes règles qu’aux animaux, et se rendre bien compte des limites dans lesquelles ils habitent, ainsi que de toutes les différences observées parmi les races humaines, paitout où la science a pu les signaler. Qu’en disent les singes Ou plutôt qu’auraient-ils à dire sur ce sujet ? 11 y . a entre eux d’aussi grandes et même de plus grandes différences que chez les hommes, car il est reconnu qu ils

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