CHAPITRE XVII
dans certaines branches, ses collections représentaient une valeur considérable. Elles étaient surtout riches en animaux inférieurs et en matériaux propres à étudier l’embryologie des êtres marins invertébrés. Depuis longtemps son idée favorite était, d’organiser, dans le musée qu’il espérait fonder, une section d’embryologie, création qui n’avait jamais été réalisée sur une aussi vaste échelle dans les principaux établissements zoologiques. 11 pensait exercer par là une influence directe et puissante sur les progrès de la science moderne. Ses collections contenaient d’abondants matériaux pour ce genre de recherches, outre une quantité de beaux spécimens représentant presque toutes les classes du règne animal. Mais, entassées dans un espace trop étroit, elles pouvaient à peine lui être utiles à lui-même, et à plus forte raison à d’autres. Ses propres ressources s’épuisaient à préserver de la destruction ces objets précieux. 11 est vrai qu’en 1850, l’Université lui avait alloué dans ce but quatre cents dollars par an et que, pour loger provisoirement ces collections, on avait mis à sa disposition, sur les terrains du Collège, un hangar en bois, bien préférable à la maison de bains qu’elles occupaient auparavant. Mais les frais d’entretien se comptaient par milliers et non par centaines de dollars, et la majeure partie de ce qu’Agassiz gagnait par ses conférences hors de Cambridge, était engloutie dans ce gouffre. Ce fait parvint à la connaissance de quelques amis qui s’intéressaient à lui autant qu’à la science ; ils prirent l’initiative d’une souscription dont le produit, s’élevant à douze mille dollars, servit à acheter les collections pour en assurer la possession à
AGASSIZ A CHARLESTON
l’Université de Cambridge. Cette somme était à peine l’équivalent de ce qu’elles lui avaient coûté, mais peu lui importait, car il était plus que jamais disposé à la dépenser de nouveau dans l’intérêt du musée.
Cependant sa santé commençait à être sérieusement ébranlée par des travaux aussi excessifs. A peine était-il arrivé à Charleston et avait-il commencé son cours au Collège médical, qu’il fut saisi d’une fièvre violente et pendant quelques jours sa vie fut en danger; heureusement, il se trouvait alors à Y Arbre creux à l’occasion des vacances de Noël. M. et Mmc Holbrook furent pour lui comme un frère et une sœur; nulle part il n’eùt pu trouver des soins plus affectueux. Un jeune ami, autrefois son élève, auquel il était très attaché, le D1' Smulian Ravenel, resta constamment auprès de son lit, unissant la vigilance du médecin à la sollicitude du garde-malade. Ainsi traité et soigné, Agassiz devait guérir pour peu que la chose ne fût pas impossible. En effet, il sortit heureusement de cette crise à la grande joie de ses amis et de tous ceux qui avaient partagé leurs inquiétudes. Vers la fin de février il put reprendre ses cours et, malgré les langueurs de la convalescence, il se remit à l’œuvre avec une admirable énergie, comme on peut le voir par la lettre que voici :
Louis Agassiz à James-D. Dana.
(Trad. de l’anglais.)
Ile de Sullivan, Charleston, le 16 février 1853.
.... Il me semble vraiment que dans l’étude de la distribution géographique des animaux, la condition actuelle