CHAPITRE XVII
du règne animal est trop exclusivement prise en considération. Dès qu’on pourra le faire pour toutes les classes, et j’espère que le temps n’en est pas éloigné, il conviendra de 11e pas perdre de vue les rapports des espèces vivantes avec les fossiles. Puisque vous êtes aussi convaincu que moi que l’habitat des animaux et toutes leurs particularités ne sont pas le résultat d’influences physiques, mais proviennent de plans et d’intentions du Créateur, il devient évident que l’introduction successive de toutes les diversités de formes qui ont été observées depuis la première apparition d’une division quelconque du règne animal, jusqu’à la création actuelle, doit être en corrélation avec l’habitat des êtres qui existent maintenant.
S’il est vrai, par exemple, que chez les mammifères, les types les plus élevés, tels que les quadrumanes, sont essentiellement tropicaux, ne se peut-il pas que la distribution prédominante des pachydermes inférieurs dans les mêmes limites géographiques soit due à la circonstance que leur type a été introduit sur la terre dans une période plus chaude de l’histoire de notre globe, et que leur habitat actuel est en rapport avec ce fait plutôt qu’avec leur degré d’organisation ? Les Pentacrinites, les plus inférieurs des échinodermes, n’ont qu’un représentant vivant dans l’Amérique tropicale, où nous trouvons en même temps les Spatangues et les Holothuries les plus perfectionnés et les plus grands. N’est-ce pas là un cas tout à fait semblable à celui des singes et des pachydermes ? Car autrefois, les Crinoïdes étaient les seuls représentants de la classe des échinodermes. Ne pouvons-nous pas en dire autant des crocodiles, comparés aux anciens sauriens gigantesques ? Ou bien, les crocodiles, comme ordre, sont-ils distincts des autres sauriens et en réalité plus élevés que les tortues ? D’innombrables questions de cette nature, et de grande importance pour la géologie, se soulèvent à chaque pas, dès que nous
AGASSIZ A CHARLESTON
comparons la distribution actuelle des animaux avec celle des habitants des périodes géologiques précédentes. Il est très remarquable que, parmi les crustacés, les Trilobites et les animaux semblables aux Limules, soient les seuls représentants de la classe pendant les âges paléozoïques; que les Macroures aient prévalu de la même manière pendant la période secondaire et que les Brachyures apparaissent seulement dans la période tertiaire.
Découvrez-vous dans vos recherches un rapport quelconque entre ces faits et la distribution actuelle des crustacés ? Il y a certainement dans leur classification un trait qui doit paraître très frappant; c’est que, pris sur une grande échelle, le rang organique de ces animaux correspond en général avec leur ordre de succession dans les temps géologiques, et cette circonstance n’est pas de peu d’importance, quand il est reconnu que le même rapport entre le rang et la succession prévaut à travers toutes les classes du règne animal, et que des traits semblables se manifestent dans le développement embryonnaire de tous les types, autant qu’on peut en juger à présent.
Mais je sens que ma tête s’alourdit; je m’arrête en vous félicitant d’avoir terminé votre grand ouvrage sur les crustacés
Pendant le printemps de 1853, Agassiz revint au Nord par le Mississipi, s’arrêtant à Mobile, à la Nouvelle- Orléans et à Saint-Louis pour des conférences; mais ce ne fut pas sans éprouver un profond regret qu’il donna sa démission de professeur au Collège médical de Charleston, car, outre les liens personnels qu’il y avait formés, il s’était attaché à cette ville,, à sa population et à l’œuvre qu’il y poursuivait.
Il avait espéré établir dans la Caroline du Sud une