‹ Louis AgassizChapitre 237 sur 387 · AGASSIZ. LETTRE A OSWALD HEER · texte numérisé non relu

AGASSIZ. LETTRE A OSWALD HEER

de vue de l’instruction. Comme nous allons le voir, ni les relations formées dans sa jeunesse, ni les avantages scientifiques les plus attrayants de l’Ancien Monde ne purent le détourner de ce but bien déterminé. Les propositions de Zurich n’étaient pas officielles, mais elles lui étaient parvenues par l’entremise d’un ami et collègue qu’il admirait et pour lequel il éprouvait une profonde sympathie. Le fait seul de travailler près de lui eût déjà été un grand attrait pour Agassiz.

Louis Agassiz au professeur Oswald Heer.

(Trad. de l’allemand.)

Cambridge, le 9 janvier 1855.

Très honoré ami,

Comment vous ferai-je comprendre pourquoi votre bonne lettre est restée jusqu’à présent sans réponse, bien qu’elle me soit parvenue il y a déjà quelques mois. Elle a trait à une question de grande importance pour toute ma carrière et, en pareil cas, il ne faut pas se décider à la hâte, ni même avoir trop égard à ses préférences. Vous ne pouvez douter que la pensée de faire partie d’une institution de ma patrie, et d’aider à stimuler le progrès scientifique dans le pays de ma naissance, de ma famille, de mes premiers amis, ne me touche profondément et ne m’attire par tout ce que je tiens de plus honorable et de plus cher dans la vie. Mais voilà huit ans que je suis en Amérique; j’ai appris à apprécier la position qui m’y est faite et j ai commencé des entreprises qui ne sont pas achevées. Je sens aussi combien est grande l’influence que j’exerce dans ce pays de l’avenir, et combien cette influence augmente en étendue et en force chaque année. Comment

donc choisir ? Comment voir clairement, au milieu de tout cela, la place où je puis être le plus utile à la science ?

Parmi les privilèges dont je jouis ici, je ne dois pas oublier celui de passer une grande partie de mon temps dans le voisinage de la mer, qui offre des ressources inépuisables au zoologiste et à l’embryologiste. J’occupe maintenant une maison située à quelques pas d’une localité admirable pour ces études et je puis, en conséquence, les poursuivre sans interruption pendant toute l’année, au lieu d’être limité pour ces études, comme la plupart des naturalistes, aux courtes vacances d’été. Il est vrai qu’il me manque les grands musées, les bibliothèques et le stimulant que procurent les relations avec une quantité de collaborateurs animés du même esprit et poursuivant tous le même but. En revanche, je dois dire que le nombre des investigateurs capables et influents augmente ici chaque année et que parmi eux il s’en trouve qui peuvent, à juste titre, réclamer une place éminente n’importe où

Les moyens de publication ne manquent pas non plus ici. Les traités les plus volumineux, accompagnés d’illustrations coûteuses, paraissent dans les Mémoires du Smithsonian Institute, dans les « Discussions » de la Société philosophique américaine, dans celles de l’Académie des sciences naturelles et dans les Mémoires de l’Académie américaine, tandis que les petites communications trouvent place dans le Journal de Silliman, dans celui de la Société d’histoire naturelle de Boston et dans les procèsverbaux d’autres sociétés scientifiques. On a aussi créé des musées et il y a, en outre, une quantité de collec-

tions particulières pour des branches spéciales de zoologie Mais ce qui vaut encore mieux que tout cela, c’est

1 intérêt vif et général que tout le monde ici prend aux explorations. Chaque expédition scientifique que le gou-

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