‹ Louis AgassizChapitre 238 sur 387 · AGASSIZ. LETTRE A OSWALD HEER · texte numérisé non relu

AGASSIZ. LETTRE A OSWALD HEER

vernement envoie dans l’intérieur, ou dans les Etats de l’Ouest, dans l’Orégon ou en Californie, est accompagnée d’une commission de zoologistes, de géologues et de botanistes. De cette manière, on est parvenu à réunir de magnifiques collections qui, pour être mises à profit, n attendent plus que des investigateurs habiles. En réalité, je ne crois pas qu’on ait nulle part ailleurs 1 assemblé autant de choses nouvelles, et mon désir est de pouvoir dorénavant contribuer à l’étude approfondie de ceis tiésors.

Dans ces circonstances, je me suis demandé depuis des mois quelle décision je devais prendre. La question n est pas de consulter mes goûts, mais bien mon de^ii eu\eis la science. Après y avoir mûrement réfléchi, je n’ai plus de doutes et, quoique cela me peine, je viens vous prier de renoncer à toute démarche qui pourrait mattiiei un appel plus direct à Zurich. Je suis décidé à rester ici pour un temps indéfini, ayant la conviction que jexeiceiai dans ce pays une influence plus active et plus étendue sui les progrès de la science que je ne le ferais en Europe.

Je regrette de ne pouvoir accepter votre offre des fossiles d’Œningen. Pendant les deux dernières années, j’ai dépensé plus de vingt mille francs pour ma collection et, dans ce moment, je ne puis faire d’autres débours de cette nature; mais dès que j’aurai de nouvelles ressources à ma disposition, une collection pareille sera la bienvenue et, si elle est encore en vos mains, je serai très content d’en faire l’acquisition. Je ne puis pas non plus songer à présent à échanger des doubles, parce qu il ne m a pas encore été possible d’arranger mes collections et de mettre de côté les spécimens convenables pour des échanges. Pouvez-vous me procurer les poissons de Glaiis en assez grande quantité ? J’aimerais les acheter pour ma collection dès que j’en aurai les moyens; je ne tiendrais pas à avoir des exemplaires isolés de chaque espèce, mais jt

pi éférerais des séries complètes, afin de pouvoir réviser mes précédentes déterminations par un examen plus approfondi.

Rappelez-moi au bon souvenir de tous mes amis de Zurich et particulièrement de C. Escher

La correspondance d’Agassiz, que nous voyons s étendre toujours plus et atteindre enfin des proportions démesurées, atteste l’intérêt et l’empressement avec lesquels chacun lui venait en aide. Ainsi, en 1853, il publia une circulaire par laquelle il demandait des collections de poissons provenant des différents bassins d’eau douce des États-Unis, afin d’obtenir ainsi des données certaines sur les lois de leur distribution géographique et de leur habitat. Aussitôt arrivèrent de toutes les parties du pays des centaines de réponses, la plupart très intelligentes, lui fournissant d abondants renseignements sur les mœurs des poissons et sur leurs lieux d’habitation, et lui faisant en même temps des offres générales de coopération. Ce n étaient pas là de vaines promesses, car une grande partie des collections nombreuses et variées qui enrichissent actuellement le musée de Cambridge lurent adressées à Agassiz en réponse à cet appel.

A vrai dire, il commençait à recueillir, sous une nouvelle forme, le fruit de ses tournées de conférences.

Il était entré de cette manière en contact avec toutes les classes du peuple et avait rencontré, même dans les populations ouvrières, plusieurs de ses auditeurs les plus intelligents et les plus sympathiques, trouvant souvent des collaborateurs parmi les agriculteurs, les pêcheurs ou les marins. Nombre de capitaines de la Nouvelle-Angleterre prenaient, en s’embarquant, des

Page 1