AGASSIZ. ÉTUDE DES POISSONS
ces animaux des bras Nord et Ouest du Susquehannah, ainsi que du cours principal de ce fleuve, à Harrisbourg ou à Columbia, puis du Juniata, du Schuylkill, du Lehigh, du Delaware, de l’Alleghany et du Monongahela. J ai des amis suisses, qui m’ont promis de recueillir les poissons du cours supérieur du Delaware et du Susquehannah dans les limites de l’État de New-York. Je 11e puis naturellement pas m’attendre à vous voir explorer pour moi les eaux de votre État; mais parmi vos connaissances en Pennsylvanie ne se trouverait-il pas quelqu’un qui, aidé de directions convenables, pourrait s’en charger ? Il va sans dire que je rembourserai avec plaisir tous les frais. Le sujet me paraît assez important pour justifier les efforts qui seront faits dans ce sens.
Il y a peu de chose à ajouter à ce qu’on connaît des poissons mêmes, car je crois que la plupart des espèces ont été décrites par De Kay, Kirtland ou Storer, mais une bonne étude de leur distribution géographique spéciale conduira probablement à des résultats aussi importants pour la zoologie que la connaissance des espèces. S il vous est impossible d’écrire vous-même, veuillez au moins me donner l’adresse des personnes qui seraient peut-être disposées à m’aider dans cette recherche. Je sais que vous avez recueilli autrefois des renseignements pareils pour les Unios, en sorte que vous comprendrez et apprécierez facilement le but que j’ai en vue
Il écrit dans le même sens au professeur Yandell du Kentucky, en ajoutant : « Sous ce rapport, 1 État « du Kentucky est l’un des plus importants de l’Union, « non seulement à cause des nombreuses rivières qui « sillonnent son territoire, mais aussi parce qu’il est « du petit nombre des États dont les poissons ont été
« déjà décrits par des naturalistes, entre autres par « Rafinesque dans son Ichthyologia ohioensis , en sorte « qu’une connaissance spéciale de tous ses types ori- « ginaux est une affaire de première nécessité pour « celui qui veut comparer les poissons des différentes « rivières de l’Ouest.... Savez-vous s’il reste à Lexing- « ton quelque chose des collections de poissons de « Rafinesque et si, dans ce cas, les spécimens sont « étiquetés, car il serait très important d’identifier « ses espèces d’après ses propres indications? Jamais « je n’ai autant regretté que les circonstances ne « m’aient pas encore permis de visiter le Kentucky et « de faire un séjour à Louisville. »
En 1854, Agassiz transféra son domicile dans une maison plus vaste que l’Université avait fait construire pour lui. Quoique très simple, l’espace n’y avait pas été épargné et, pour la première fois, les quelques milliers de volumes composant sa bibliothèque, purent être réunis dans la même pièce. Il s’attacha de cœur à cette maison où, sauf quelques absences, il passa le reste de sa vie. L’architecte, M. H. Greenough, son ami personnel, tint compte avec une grande complaisance des nombreux plans qui lui furent proposés pour la rendre aussi confortable que possible et l’adapter en même temps aux besoins d’Agassiz. Du reste, le professeur se pliait avec une facilité extraordinaire aux circonstances et s’accommodait de tout. Contrairement aux habitudes de la plupart des hommes d’étude, il n’avait pas de place marquée pour écrire; aussi, malgré le confort et les ressources que lui offrait sa belle bibliothèque, le voyait-on souvent s’établir au salon, un papier sur
AGASSIZ A CAMBRIDGE
ses genoux, ses livres sur une chaise ou sur le pai quet et lire ou écrire avec toute son attention, malgré les conversations et le bruit qu’on faisait autour de lui.
Quelquefois les jeunes gens de la famille et leuis invités faisaient de la musique ou se mettaient à danser. Agassiz tirait à lui une petite table dans un coin de la chambre et continuait la page commencée, avec autant de calme, de liberté d esprit et de bonne humeur que s’il eut été complètement seul, adressant de temps à autre un gracieux sourire, ou une parole aimable, aux couples qui l’effleuraient et dont la gaîté le rendait heureux. Les amis de ses entants étaient ses amis et, à mesure que ses lilles grandissaient, il invitait leurs plus intimes compagnes, parmi lesquelles se trouvaient les lilles de M. Ralph- Waldo Emerson, à venir chaque semaine passer une aprèsmidi dans sa bibliothèque. Gomme il ne pouvait se résoudre à gaspiller son temps en conversations oiseuses, pour lesquelles il était peu lait, un sujet intéressant d’histoire naturelle était bientôt mis sur le tapis.
C’étaient des jours de bonheur que ne peuvent oublier aucun de ceux qui ont eu le privilège d en jouir. Après la mort d’ Agassiz, ces réunions furent continuées par Emerson dans sa maison de Concord , la poésie, la littérature et la philosophie remplacèrent alors les entretiens sur l’histoire naturelle.
Pendant l’hiver 1855, Agassiz essaya de reprendre ses conférences publiques, afin d’augmenter ses ressources, ses appointements de quinze cents dollars ne suffisant pas à l’entretien de sa famille et aux