‹ Louis AgassizChapitre 259 sur 387 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

heureusement n’étaient pas assez complets pour pouvoir être publiés.

En août 1857, Agassiz reçut la lettre suivante de M. Rouland, ministre de l’Instruction publique en France :

M. Rouland à Louis Agassiz.

Monsieur,

Paris, le 19 août 1857.

L ue chaire de paléontologie est vacante au muséum d Histoire naturelle de Paris. Vous êtes Français, vous avez enrichi votre pays natal de travaux éminents et de recherches laborieuses; vous êtes membre correspondant de l’Institut. L’Empereur serait heureux de ramener en h rance un savant distingué, un professeur renommé. Je viens vous offrir en son nom la chaire vacante et votre patrie se félicitera de retrouver un de ses enfants les plus dévoués à la science.

Veuillez agréer Monsieur l’assurance de mes sentiments de haute estime.

Rouland.

Si l’on avait dit à Agassiz, lorsqu’il quittait l’Europe, que dix années plus tard, on le rappellerait pour occuper une des places si recherchées du Jardin des plantes, ce grand centre de la vie scientifique et de l’iniluence en France, se serait-il cru capable de la refuser? Certes, ce n’est pas sans regret qu’un homme décline une offre qui, à une autre époque de sa vie, aurait été pour lui le comble du bonheur. Mais Agassiz n hésita pas un instant. Sa réponse est empreinte de la reconnaissance et de la joie qu’il éprouve en voyant cette preuve du souvenir (pie l’on garde de lui en Europe. En refusant une position qu’il considérait

AGASSIZ. OFFRE ü’UNE CHAIRE A PARIS

comme la plus brillante qui pût être ollerte à un naturaliste, il alléguait la tâche qu’il s’était imposée en Amérique et terminait en disant : « Perce mettez-moi de relever une erreur qui me concerne « personnellement. Je 11e suis pas Français, bien que « Français d’origine; ma famille est suisse depuis « des siècles et malgré une absence de dix ans, je « suis encore Suisse. »

Cette correspondance n’en resta pas là. Quelques mois plus tard, l’offre fut courtoisement renouvelée par M. Rouland avec la promesse de lui réserver la place pendant une ou même deux années, afin de lui laisser le temps d’achever tous ses travaux commencés en Amérique. Il répondit à ce second appel que l’œuvre qu’il prétendait accomplir exigerait non pas des années, mais toute sa vie. Son relus ne lut pas pris en mauvaise part, car peu après la croix de la Légion d’honneur lui fut conférée, et de temps en temps il reçut des lettres amicales du ministre de l’Instruction publique qui le consultait volontiers sur des questions d’une haute portée scientifique.

Ces offres excitèrent beaucoup d’intérêt parmi les anciens amis d’Agassiz en Europe; les uns le pressaient d’accepter, d’autres applaudissaient à sa résolution de rester éloigné de la grande arène des rivalités et des ambitions. Parmi ces derniers se trouvait Humboldt, comme on le verra d’après le passage suivant, tiré d’une lettre qu’il écrivait le 9 mai 1857 à M. George Ticknor, de Boston, l’un des plus bienveillants et des meilleurs amis d’Agassiz dès son arrivée en Amérique.

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