‹ Louis AgassizChapitre 260 sur 387 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

* Alexandre de Humboldt à G. Ticknor.

Le 9 mai 1858.

.... Le grand et bel ouvrage d’Agassiz (les deux premiers volumes) ne m’est parvenu que depuis quelques jours. Il produira beaucoup d’effet par la grandeur des vues générales et l’extrême sagacité dans les observations embryologiques spéciales. Je n’ai jamais cru que cet homme illustre, qui est en même temps un homme de cœur et une belle, âme, accepterait les offres qu’on lui a noblement faites à Paris. Je savais que la reconnaissance le retiendrait dans une nouvelle patrie où il trouve un si immense terrain à exploiter et de si puissants secours pour faciliter ses travaux

En écrivant à l’un de ses amis à propos de cette offre, Agassiz s’exprime ainsi : « D’un côté, mon cot- « tage à Nahant, au bord de la nier et les récifs de « la Floride avec les navires du Coast Survey à ma « disposition, depuis la Nouvelle-Écosse jusqu’au « Mexique et sur toute la côte du Pacifique, si je le « désire; de l’autre côté, le Jardin des plantes avec « tous les trésors qui y sont accumulés. Tout bien (c considéré, une occasion pareille d’étudier la nature « doit l’emporter sur les grands attraits qu’offre le « musée de Paris. J’espère être assez sage pour ne « pas me laisser tenter, même par la perspective « d’une nouvelle édition des « Poissons fossiles ».

Agassiz écrivait encore à son vieil ami le naturaliste Charles Martins :

AGASSIZ. OFFRE d’üNE CHAIRE A PARIS

* Louis Agassiz à Charles Marti ns.

Cambridge, le 3 novembre 1858.

.... Les travaux que j’ai entrepris ici et la confiance que j’ai su inspirer à tous ceux qui ont à cœur le développement intellectuel de ce pays, rendent mon retour en Europe impossible pour le présent, et comme vous l’avez très bien compris, je préfère édifier à nouveau en Amérique, plutôt que d’aile» batailler au milieu des coteries de Paris. On m’offrirait un pouvoir absolu pour la réorganisation du Jardin des plantes, avec un revenu de cinquante mille francs, que je ne l’accepterais pas. J’aime mieux mon indépendance

Le fait qu’ Agassiz avait reçu cette offre du gouvernement français et l’avait refusée, attira de nouveau l’intérêt du public sur ses projets. On sentait qu’on ne devait pas laisser dans une position précaire et difficile un homme prêt à se vouer sans réserve aux progrès de la science aux États-Unis. Ses collections, conservées en grande partie dans l’alcool et entassées dans un léger bâtiment en bois, étaient particulièrement exposées aux dangers du feu. Une étincelle, une allumette jetée négligemment, pouvait les détruire complètement en une demi-heure, et tout secours eût été inutile. Ce danger, toujours présent à la pensée d’Agassiz, ne lui laissait de repos ni jour, ni nuit. Ce frêle édifice, dans lequel se trouvaient empilés, de la cave au grenier, des caisses, des boîtes, des barils et des tonneaux, représentait le trésor qui devait servir à réaliser les rêves de sa jeunesse et les projets de sa maturité. L’espoir de créer un vaste musée dont

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