CHAPITRE II
caines, M. Hochstetter, des plantes de Bohème et de Moravie, son pays natal
D’Esslingen nous nous fîmes conduire à Gœppingen, par le temps le plus affreux possible; il pleuvait, il neigeait, il gelait et il faisait du vent tout à la fois. C’est dommage que nous ayons eu ce temps, car nous parcourions alors un des plus jolis vallons que j’aie vus, arrosé par le Neckar et bordé des deux côtés par des montagnes de formes très singulières et assez élevées. C’est ce que les Wurtembergeois appellent les Alpes souabes; mais je crois que Chaumont1 est plus élevé que le plus haut sommet de leurs Alpes
Ici nous trouvâmes une ancienne connaissance de
Heidelberg, dont le père possède une superbe collection de pétrifications, surtout de coquillages et de zoophytes. Il a aussi une assez grande collection de coquilles de la mer Adriatique; mais parmi ces dernières, il n’y en avait pas une seule qui fût déterminée; comme nous les connaissions, nous nous sommes mis en devoir de les arranger, et en trois heures de temps toute sa collection était étiquetée. Comme il possède presque tout à double, il nous a promis que, dès qu’il en aurait le temps, il nous ferait un choix qu’il nous enverrait. Si nous avions pu rester plus longtemps, nous aurions trié nous-mêmes ce qui nous aurait fait plaisir, car il nous a laissé sa collection à discrétion; mais nous étions pressés d’arriver ici et nous l’avons prié de nous envoyer à loisir ce qu’il pourra nous donner.
Nous avons pris la poste pour continuer notre voyage, car il pleuvait toujours et les chemins étaient si détestables qu’avec la meilleure volonté du monde il nous aurait été impossible d’avancer à pied. Le soir nous arrivâmes à Ulm, où nous ne vîmes presque rien, la nuit
1 Montagne qui domine Neuchâtel.
AGASSIZ A MUNICH
commençant à tomber. Nous aperçûmes pourtant distinctement, avant d’entrer dans la ville, le fameux clocher de la cathédrale. Après le souper, nous continuâmes notre voyage avec la poste, voulant être le lendemain à Munich. Je n’ai jamais rien vu de si beau que l’aspect qui se présenta en sortant d’Ulm. La lune s’était levée et éclairait le clocher comme si c’eût été en plein jour. De tous côtés, aussi loin que la vue pouvait distinguer les objets, s’étendait une plaine immense sans la moindre éminence, et le Danube paraissait tout en feu sous les rayons de la lune.
Nous traversâmes cette plaine pendant la nuit et nous arrivâmes avec le jour à Augsbourg. C’est une très belle ville, mais comme nous ne nous y sommes arrêtés que pour déjeuner, nous n’avons eu que le temps d’examiner
les rues en les traversant En sortant d’ Augsbourg, on
aperçoit déjà les Alpes du Tyrol, quoiqu’à environ quarante lieues de distance. L’approche de la capitale est signalée par une immense forêt qui entoure de loin la ville de Munich, où nous arrivâmes dimanche le 4 dans
l’après-midi Mon adresse est : vis-à-vis la porte de
Sendlinger, n° 37. J’ai une très jolie chambre au rez-dechaussée, avec une alcôve pour mon lit. La maison que j’habite est située hors de ville sur une promenade, ce qui la rend très agréable. De plus, je n’ai pas cent pas à faire jusqu’à l’hôpital et à la salle d’anatomie, ce qui sera très commode pour moi quand les grands froids viendront.
Une chose (pii me fait bien plaisir, c’est, que de l’une de mes fenêtres on voit toute la chaîne des Alpes, du Tyrol jusqu’à celles d’Appenzell, et comme le pays est tout à fait plat jusqu’à leur pied, on les voit beaucoup mieux que nous n’apercevons nos Alpes de la plaine. C’est une grande jouissance pour moi d’avoir continuellement en vue au moins quelques montagnes de notre Suisse. Pour en jouir plus souvent, j’ai placé ma table vis-à-vis de la fenêtre, de sorte que toutes les fois que je lève le nez, mes