‹ Louis AgassizChapitre 27 sur 387 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

yeux se portent sur notre cher pays. Cela ne laisse pas cependant de me donner quelques moments d’ennui, surtout quand je suis seul; mais cela passera, j’espère, à mesure que mes occupations deviendront plus suivies

Une vie intellectuelle bien plus active que celle de Heidelberg attendait nos jeunes étudiants à Munich. Parmi leurs professeurs se trouvaient quelquesuns des hommes les plus remarquables de l’époque, et dont Finlluence se faisait sentir dans toute l’Europe. Dôllinger donnait des cours de clinique médicale et d’anatomie comparée; Martius et Zuccarini, de botanique. Martius, en outre, enseignait aux étudiants la manière de faire des observations en voyage. Schelling traitait la philosophie en prenant pour le premier semestre : « L’introduction à la philosophie » et « Les âges du monde » ; et pour le second semestre : « La philosophie de la mythologie » et « La philosophie de l’Apocalypse ». 11 produisit une profonde impression sur nos jeunes amis; son style était si clair, si attrayant et sa méthode si pure et si philosophique qu’on ne se lassait jamais de l’écouter.

Dans ses cours sur l’histoire naturelle en général, sur la philosophie et la zoologie, Oken développait ses célèbres théories sur la philosophie de la nature qui lurent le sujet de beaucoup de discussions scientifiques, d’autant plus qu’il exposait dans sa physiologie les hypothèses les plus surprenantes et en tirait des conclusions qui, même d’après ses propres démonstrations, n étaient pas toujours d’accord avec 1 expérience. Quand les faits et la théorie se contredisaient, il avait coutume de dire : « Sur le terrain

AGASSIZ A MUNICH

philosophique, il nous faut accepter les choses ainsi. » (Aus })hilosophischen Gründen müssen wir die Dinge so und so annehmen.) Oken était grand ami des étudiants, et Agassiz, Braun et Schimper (ce dernier avait rejoint ses compagnons à Munich), passaient la soirée chez ce professeur une fois par semaine; là, tout en fumant et en buvant un verre de bière, ils discutaient entre eux, ou parlaient de quelque ouvrage scientifique. Ils prenaient aussi le thé chaque semaine chez le professeur Martius, où la conversation roulait également sur des sujets scientifiques et sur les événements du jour.

Nos jeunes amis aimaient encore mieux Dôllinger qu’ils admiraient et dont ils estimaient le caractère tout en appréciant son enseignement. Non seulement ils allaient auprès de lui tous les jours, mais Dôllinger venait souvent aussi les visiter dans leur chambre; il était toujours prêt à leur fournir aide et conseils, apportant des spécimens pour Braun, ou examinant avec le plus vif intérêt les expériences d’Agassiz sur l’élevage de ses animaux. Le fait qu’Agassiz et Braun logeaient dans sa maison rendait leurs rapports particulièrement faciles. Leur chambre devint le lieu de rendez-vous de tous les jeunes naturalistes les plus studieux de Munich et reçut le nom de « Petite Académie ». Schimper, aussi bien que ses deux compagnons, contribuait à entretenir la vie intellectuelle pleine d’enthousiasme, qui caractérisait ces réunions. Moins heureux qu’Agassiz et Braun dans sa carrière, il eut une jeunesse non moins brillante que la leur, et ceux qui l’ont connu alors se rappellent avec plaisir le charme de son esprit et de

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