‹ Louis AgassizChapitre 261 sur 387 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

toutes les parties seraient mises en rapport les unes avec les autres, de manière à représenter la nature et à illustrer l’histoire du règne animal dans le passé, comme dans le présent, avait toujours captivé son imagination. 11 ne songeait pas seulement à créer des collections bien classées, il voulait aussi et surtout leur donner une valeur encore plus grande au point de vue de l’enseignement, qu’il avait à cœur autant que la science elle-même. Son musée idéal devait être un puissant auxiliaire des écoles de l’État du Massachusetts d’abord, et aussi de tout le pays. Dans sa pensée, ce musée, devenu un centre scientifique, répandrait au loin par des publications neuves et originales les notions des connaissances modernes. Cet. espoir fut pleinement réalisé. Le premier numéro des « Bulletins du musée » parut en mars 1803 et celui du « Catalogue illustré » en 1804. Ces deux publications ont dès lors paru régulièrement.

Dans le plan général, qu’il ne perdait jamais de vue, il distinguait les exigences des travailleurs studieux et spéciaux, de ce que de simples visiteurs pouvaient réclamer d’un établissement destiné à instruire les uns et les autres. D’un côté, des chambres de travail amplement pourvues de tout ce qui est nécessaire aux études sérieuses, de l’autre, des collections classées de telle sorte qu’en les parcourant, chacun pût reconnaître les rapports des animaux entre eux, leur succession dans le temps et leur distribution sur la terre.

Mais la partie de ce plan immense qui séduisait le plus Agassiz était ce qu’il appelait la salle synoptique. Là, devait se trouver tout l’ensemble du règne

AGASSIZ. LE MUSÉE DE CAMBRIDGE

animal en abrégé, un résumé de la création composé d'un petit nombre d’exemplaires bien caractérisés de tous les groupes de ses grandes divisions. Sur les murs, de larges écriteaux bien lisibles auraient fait de cette pièce, placée à l'entrée du musée et comme vestibule, une leçon d’histoire naturelle simple et claire, qui aurait servi d’introduction à la représentation plus détaillée de la faune générale.

Agassiz ne vécut pas assez longtemps pour achever, comme il l’entendait, cette vaste entreprise, mais, peu avant sa mort, il en expliqua tous les détails à son fils Alexandre qui en a soigné l’exécution. La chambre synoptique et la majeure partie des collections systématiques et faunales sont maintenant terminées, et les nombreux visiteurs qui s’y rendent pendant la belle saison sont une preuve de l’intérêt qu’elles excitent.

Cette belle conception, dont le musée de Cambridge est l’expression, s’est développée dans l’esprit de son fondateur bien longtemps avant qu’un seul dollar eut été recueilli pour la construction du bâtiment et que la première pierre en fût posée. Elle existait en lui comme le peintre voit en imagination son tableau tout entier, avant qu’il l’ait rendu vivant sur la toile. Sa compagne seule peut comprendre jusqu’à quel point cette pensée l’occupait et le charmait, tout en lui causant parfois de graves soucis, puisque l’exécution dépassait ses moyens et ses forces.

Mais son projet était connu de plusieurs de ses amis; il l’avait en particulier exposé en détail à M. Françis-C. Gray, homme intelligent et sympathique à toute entreprise utile. Ce dernier mourut en

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