CHAPITRE II
ses manières. Nos trois amis donnaient à tour de rôle des conférences sur divers sujets, particulièrement sur le mode de développement des plantes et des animaux ; elles étaient suivies non seulement par d’autres étudiants, mais aussi par des professeurs.
Parmi ses amis intimes, Agassiz comptait aussi Michahelles, jeune zoologiste et médecin distingué dont la mort prématurée, survenue en Grèce où il était allé pratiquer, causa de vifs regrets. Comme Agassiz, il aimait à transformer sa chambre en ménagerie et l’on y voyait une quantité de tortues et d’au tres animaux qu’il avait recueillis dans ses voyages en Italie et ailleurs. Mahir, dont le nom revient souvent dans les lettres de cette époque, était aussi un camarade d’Agassiz et son compagnon d’étude, bien qu’il parût être plus âgé, puisqu’il lui donnait des leçons particulières d’arithmétique et l’aidait dans ses études médicales.
* Louis Agassiz à sa sœur 'Cécile.
Munich, le 20 novembre 1827.
.... Pour que tu puisses te figurer ce que je fais et où je suis lorsque tu penses à moi, je vais te détailler un peu l’emploi de mon temps. Le matin, de sept à neuf, je suis tous les jours à l’hôpital pour le pansement des malades. De neuf à onze, je vais à la bibliothèque où je travaille ordinairement le matin pour ne pas être obligé de revenir à la maison. De onze à une heure j’ai des leçons, après quoi je vais dîner tantôt ci, tantôt là; car ici tout le monde, c’est-à-dire tous les étrangers prennent leurs repas dans les restaurants, et on paie son dîner dès qu’on
AGASSIZ A MUNICH
l’a terminé, en sorte qu’on n’est nullement tenu d aller toujours au même endroit. L’après-dîner, j ai encore des leçons depuis deux ou trois heures jusqu’à cinq heures, suivant les jours; après quoi je vais faire une petite promenade, quoiqu’il fasse nuit. Tous les environs de Munich sont couverts de neige depuis plus de trois semaines et l’on va déjà depuis longtemps en traîneau. Quand je suis bien gelé, je rentre chez moi et je me mets à répéter mes leçons de la journée, ou à lire ou à écrire jusqu’à huit ou
neuf heures. Ensuite je vais au restaurant pour souper
Là-dessus, on est bien aise d’aller se coucher.
Voilà mon train de vie de tous les jours avec la seule différence que quelquefois, Braun et moi, nous passons la soirée chez un professeur à discuter de toutes nos forces de choses auxquelles nous n’entendons souvent rien; cela n’empêche pas que les disputes ne deviennent parfois très vives. Le plus souvent cependant, ces messieurs nous racontent leurs voyages. C’est surtout chez M. Martius que je vais avec le plus de plaisir, parce qu’il nous parle toujours de son voyage au Brésil, dont il n’est revenu que depuis quelques années avec de magnifiques collections qu’il nous montre chaque fois que nous allons le voir. Le vendredi est ici le jour du marché; je ne manque jamais d’y aller pour visiter les poissons et augmenter ma collection. J’en ai déjà acquis plusieurs qui ne se trouvent pas du tout en Suisse, et quoique je sois depuis si peu de temps ici, j’ai déjà eu le bonheur d’en découvrir une nouvelle espèce. J’en ai fait une description très exacte que je ferai imprimer dans quelque journal d’histoire naturelle. Si ma chère Cécile était ici, je l’aurais priée de me le dessiner joliment; c’eût été bien aimable, mais il faudra prier un étranger de le faire et cela en diminuera beaucoup le prix à mes yeux