‹ Louis AgassizChapitre 272 sur 387 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

la réponse suivante nous manque, mais il est facile d en deviner le contenu et de se représenter le plaisir qu’elle lit.

Louis Agassiz à Sir Philip Egerton.

(Trad. de l’anglais.)

Nahant, le 15 août 1862.

.... Je suis si reconnaissant de vos paroles de sympathie que je ne veux pas perdre un, instant pour vous exprimer mes sentiments. On était navré en lisant semaine après semaine dans les journaux anglais que le noble dévouement des gens du Nord à leur patrie et à leur gouvernement était flétri comme un service de mercenaires. Vous savez que je ne suis guère disposé à me mêler de politique, mais je puis vous dire que je n’ai jamais vu répondre plus généreusement et plus promptement à l’appel de la patrie, qu’on ne l’a fait ici l’année dernière et qu’on ne le tait encore maintenant dans les États restés fidèles. Pendant les six dernières semaines, près de trois cent mille hommes se sont engagés volontairement et je suis persuadé (pie les trois cent mille autres demandés se présenteront dans le courant du mois prochain, sans qu’il soit nécessaire de faire un tirage au sort. Et croyez-moi, ce n’est point l’appât d’une prime d’encouragement qui les attire, car les jeunes gens appartenant à nos classes les plus élevées sont les premiers à s’offrir. La seule objection qu’on puisse faire, c’est que le départ d’un si grand nombre de soldats prive le pays de ses plus précieuses ressources.

Je vous remercie encore une fois de votre chaude sympathie. J’en avais d’autant plus besoin que c’est peut-être la première parole amicale que j’aie reçue d’Angleterre à ce sujet, et je commençais à mettre en doute l’humanité de

AGASSIZ a nahant

votre civilisation Dans les circonstances présentes,

vous pouvez bien penser que je ne puis pas songer à quitter Cambridge, même pour peu de semaines, si vif que soit mon désir de me reposer et, en particulier, de me rendre à votre aimable invitation. Mais je sens que j’ai une dette à payer à ma patrie adoptive, et tout ce que je puis faire à présent, c’est de contribuer à y maintenir l’activité scientifique qui a été éveillée pendant les dernières années et qui augmente même en ce moment.

Je suis dans mon laboratoire de Nahant, au bord de la mer, occupé à étudier l’embryologie, surtout dans ses rapports avec la paléontologie; les résultats sont des plus satisfaisants. J’ai déjà eu l’occasion de suivre le développement des représentants de trois familles différentes, sur l’embryologie desquelles nous n’avions jusqu’ici recueilli aucune observation, et j’ai appris à connaître le mode de croissance de plusieurs autres. Aussi je me propose de revenir sérieusement, l’hiver prochain, à mes premières amours scientifiques

J’ai pris avec moi au bord de la mer l’ouvrage que vous avez écrit avec Huxley, les Contributions to the Devonian Fislies, ainsi que votre Mémoire sur la faune carbonifère des poissons, mais je n’ai pas encore pu les étudier à fond, ayant eu trop à faire avec les animaux vivants pour pouvoir m’occuper des fossiles. Cependant, la saison favorable pour les études au bord de la mer arrive rapidement à son terme et je pourrai alors accorder plus de temps à mes anciennes occupations favorites.

J’apprends avec chagrin les souffrances qui pèsent sur les districts manufacturiers d’Angleterre. Je voudrais pouvoir prédire la fin de notre conflit; mais je ne crois pas maintenant qu’il puisse être terminé avant l’abolition de l’esclavage, bien que mon opinion fût différente il y a six mois. Les hommes les plus conservateurs du Nord sont arrivés graduellement à cette conclusion et personne

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