CHAPITRE XIX
1 histoire naturelle de la Californie, et maintenant qu’il est de\ enu nécessaire de faire entrer dans notre plan des
objets jusqu ici négligés, je viens vous adresser un nouvel appel.
Chaque jour, l’histoire de l’humanité est mise en rappoit plus intime avec l’histoire naturelle de la création des animaux et il est indispensable d’organiser une vaste collection propre à faire connaître l’histoire des races non civilisées. Comme vous avez des amis et des relations d’affaires dans presque toutes les parties du monde, j’ai pensé que le plus convenable serait de vous adresser une circulaire indiquant les objets désirés et de vous prier de bien vouloir la répandre autant que possible.
Pour faire les collections les plus utiles à l’histoire naturelle de l’humanité, deux classes de spécimens doivent être recueillies; l’une concernant la manière de vivre, les mœurs, les coutumes de ces races, l’autre leur constitution physique. Quant à la première, il faudrait réunir les vêtements et les ornements de toutes les races d’hommes, leurs ustensiles, leurs outils, leurs armes et les modèles ou dessins de leurs habitations, de manière à donner une idée de leurs constructions; puis des canots et des rames comme spécimens de leur industrie ou indice de leurs progrès dans la navigation, en un mot ce qui a rapport à leurs occupations, leurs travaux, leurs mœurs, leur culte et tout ce qui peut indiquer chez eux la naissance et les progrès des arts. Quant aux vêtements, il faudrait choisir ceux qui ont été portés, ou même abandonnés, plutôt que des objets nouveaux qui pourraient être plus ou moins de fantaisie et ne renseigneraient pas réellement sur les conditions naturelles et les mœurs d’une race.
Quant aux collections destinées à illustrer la constitution physique des races, il est plus difficile d’obtenir des spécimens instructifs, parce que les races sauvages sont
AGASSIZ. MUSÉE DE CAMBRIDGE
généralement disposées à envisager comme sacré tout ce qui concerne leurs morts; cependant, dès qu’il se présentera une occasion d’obtenir les crânes des aborigènes des différentes parties du monde, il faut s’empresser d’en profiter et avoir bien soin de les étiqueter de manière à ne pas commettre d’erreur sur leur origine. En outre, il faut faire tous les efforts possibles pour se procurer des têtes parfaites, conservées dans l’alcool, afin que tous leurs traits puissent être étudiés et comparés soigneusement. A défaut, on peut les remplacer par des portraits ou des photographies.
Espérant que vous pourrez m’aider de cette manière à réunir à Cambridge, pour l’étude de l’histoire naturelle des races humaines x, une collection plus complète que celles qui existent partout ailleurs,
Je reste toujours votre dévoué ami et frère
La lettre suivante est écrite dans le même esprit que celles adressées précédemment à M. Haldeman, au sujet de la distribution des poissons en Amérique. Nous la donnons au risque de nous répéter, parce qu’elle rappelle l’idée favorite d’Agassiz, d’arriver à la solution du problème de l’apparition successive des faunes de poissons par l’étude plus approfondie des circonscriptions géographiques ou locales qui constituent leur habitat.
1 Toutes les collections ethnographiques du musée de zoologie comparée ont été transférées au musée Peahody où elles sont réellement à leur place.