CHAPITRE XIX
Louis Agcissiz à George Ticknor.
(Trad. de l’anglais.)
Nahant, le 24 octobre 1863.
Cher Monsieur,
Parmi mes projets pour le développement du musée, il en est un pour lequel je viens réclamer votre concours et votre sympathie. Jusqu’à présent, les poissons des lacs et des rivières de notre globe n’ont pas été comparés les uns aux autres, comme je l’ai fait pour ceux du Danube, du Rhin et du Rhône et pour ceux des lacs du Canada et de la Suisse. Je me propose donc de traiter ce sujet sur la plus large échelle, car je vois qu’il est en rapport des plus direct avec la théorie de la transformation des espèces et que, selon toute probabilité, il lui donnera le coup
de grâce Mais laissez-moi d'abord vous soumettre mon
plan.
Les rivières et les lacs sont isolés les uns des autres par des terres et par des mers. La question est donc de savoir comment il se fait qu’ils sont peuplés d’habitants différant à la fois de ceux qui peuplent la terre et de ceux qui vivent dans la mer, et pourquoi chaque bassin hydrographique a ses propres habitants, plus ou moins differents de ceux de tout autre bassin f Prenez, par exemple, le Gange, le Nil et l’Amazone; il ne s’y trouve aucun être vivant pareil à ceux des autres fleuves. Pour pousser les recherches jusqu’au point où elles peuvent être décisives dans la discussion des doctrines scientifiques actuelles, il est essentiel de connaître en détail les faits qui se rapportent à chaque bassin d’eau douce. Si ce point pouvait être atteint, il serait, je crois, suffisant pour trancher toute la question.
J’ai déjà pris des mesures pour obtenir les poissons de toutes les rivières du Brésil et d’une partie de celles de