CHAPITRE XX
cains qui disparaissent graduellement devant les blancs 11e doit pas nous induire en erreur, car il peut être facilement expliqué par leur caractère particulier. Le nègre se montre de nature souple, disposé à se plier aux circonstances et à imiter ceux avec lesquels il vit, traits entièrement étrangers à l’Indien et qui facilitent de toutes manières la propagation des noirs. Je conclus de tout ce qui précède que la race nègre doit être considérée comme établie d’une manière permanente sur ce continent, aussi solidement que la race blanche, et qu’il est de notre devoir de l’envisager comme partageant avec nous la possession de cette partie du monde.
N’oubliez pas que jusqu’ici j’ai parlé seulement des États du Sud dont le climat est particulièrement favorable à la conservation et à la propagation des noirs. Toutefois, avant de tirer aucune conclusion de ma première assertion, que le nègre se maintiendra facilement par lui-même et multipliera dans les parties les plus chaudes de ce continent, considérons quelques autres caractères de cette importante question des races.
Les blancs et les noirs peuvent, il est vrai, se propager entre eux, mais leurs descendants, qui ne sont ni des blancs ni des noirs, seront toujours des mulâtres, c’est-àdire des sang-mêlé avec tous leurs caractères particuliers, entre autres le plus important de tous, la stérilité ou du moins une fécondité restreinte. Ceci prouve que le croisement est contraire à l’état normal des races, aussi bien qu’au maintien de l’espèce dans le règne animal.
Loin de se présenter à moi comme une solution naturelle de nos difficultés présentes, l’idée d’un mélange de races, qui inspire maintenant les projets les plus insensés, répugne à tous mes sentiments. Où qu’il soit pratiqué, ce mélange produit une population hybride dont la position sociale ne peut jamais être régulière et satisfaisante. Au point de vue physiologique, une saine politique
AGASSIZ. SES VUES SUR LA RACE NOIRE
devrait mettre tous les obstacles possibles au croisement des races et à l’augmentation des sang-mêlé qui sont contre nature, comme on le voit par leur constitution, par leur tempérament maladif et par la diminution de leur fécondité. Cela est immoral et détruit l’égalité sociale, en créant des relations qui ne sont pas naturelles et en multipliant dans une fâcheuse direction les différences qui existent déjà entre les membres d’une même société.
Il résulte clairement de tout ceci que la politique à adopter à l’égard des populations de couleur, dans un avenir plus ou moins éloigné, doit être complètement différente de celle à adopter à l’égard des noirs purs. Si j’admets d’une part qu’une sage politique doive encourager le développement d’une race pure, conformément à ses dispositions et à ses capacités naturelles, et lui assurer des conditions d’existence convenables, je suis convaincu, d’autre part, qu’on ne doit épargner aucun effort pour s’opposer à tout ce qui serait incompatible avec les progrès d’une plus haute civilisation et d’une plus pure moralité.
J’espère et je crois fermement qu’aussitôt que la condition des nègres, habitant les régions chaudes de notre pays, aura été régularisée suivant les lois de la liberté, la population de couleur des contrées plus au Nord diminuera. Par une conséquence naturelle d’affinités irrésistibles, les gens de couleur, chez lesquels prédomine la nature nègre, se dirigeront vers le Sud, tandis que ceux qui sont les moins mélangés de sang noir, resteront et mourront parmi nous.
Après avoir exposé ces vues sur les questions fondamentales concernant les races, il reste à étudier la politique qu'il faut suivre dans les circonstances actuelles, afin de réaliser tout le bien qui dépend de nous et de diminuer le mal autant que possible. Je traiterai ce sujet dans une autre lettre.
Votre très dévoué