‹ Louis AgassizChapitre 284 sur 387 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

plus étroite, sur la nature humaine, que celle qui admet 1 égale capacité de tous les hommes à contribuer au progrès de 1 humanité et à faire avancer la civilisation, particulièrement dans les différentes sphères de l’activité morale et intellectuelle. Et s’il en est ainsi, l’un de nos premiers devoirs n’est-il pas d’éloigner tout obstacle qui peut entraver notre développement supérieur, et d’encourager les humbles efforts de relèvement et d’amélioration sociale chez tous les malheureux.

La question est donc de savoir quelles seraient les

meilleures mesures à prendre à l’égard des hommes en

génér

al et à l’égard des races différentes prises chacune

séparément. Que l’égalité civile soit un bienfait commun à toute 1 humanité, c’est ce qu’on ne peut mettre en

doute de nos jours, mais elle n’entraîne pas comme con-

séquence l’égalité sociale. Remarquez bien que je dis

égalité civile et non pas égalité politique, parce que cette dernière comprend le droit égal aux emplois publics, et j’espère que nous serons assez sages pour ne pas compliquer subitement tout notre système politique par le conflit de nouveaux intérêts, avant de nous être assurés quels seront les effets pratiques d’une liberté universelle

et d’une égalité devant la loi, pour deux races aussi différentes que ne le sont les blancs et les nègres vivant sous le même gouvernement.

L’expérience faite avec la population de couleur dans le Nord, est bien insuffisante pour juger de la capacité des noirs établis dans le Sud. N’oublions pas non plus qu’ils seront là probablement toujours plus nombreux que les blancs, et qu’il ne faudrait pas en conséquence leur donner des droits qui pourraient compromettre les progrès de la race blanche, au moins jusqu’à ce qu’un essai prolongé ait prouvé le contraire. J’envisage que l’égalité sociale, en tout temps irréalisable, est encore plus impossible, lorsqu'il s’agit de la race nègre.

ACtASSIZ. ses vues sur la race noire

Considérons les dons et les qualités naturelles des noirs sur leur terre natale, tels que l’histoire et les récits des voyageurs nous les font connaître. Suivons-en les traces et les effets, comparons-les à nos propres destinées et nous verrons, que l’égalité sociale des noirs et des blancs est réellement une impossibilité.

Les monuments égyptiens, antérieurs de plusieurs milliers d’années à l’ère chrétienne, nous font connaître l’existence de la race nègre avec toutes ses particularités physiques. Les noirs y sont représentés déjà avec les traits, la physionomie et les dispositions naturelles qui les distinguent encore aujourd’hui : on les voit indolents, enjoués, sensuels, imitateurs, serviles, de bonne humeur, versatiles, inconstants dans leurs résolutions, dévoués et affectueux. J’exclus de ce tableau les mulâtres qui ont plus ou moins le caractère de leurs ancêtres blancs. Originaires d’Afrique, les nègres semblent avoir présenté en tout temps les mêmes traits caractéristiques, partout où ils ont été mis en contact avec la race blanche : ainsi dans la Haute-Egypte, le long des frontières des établissements carthaginois ou romains en Afrique, dans le Sénégal en présence des Français, au Congo en présence des Portugais, aux environs du Cap et sur la côte orientale d’Afrique en présence des Hollandais et des Anglais.

Or, tandis que l’Egypte et Carthage devenaient de puissants empires et arrivaient à un haut degré de civilisation, tandis qu’à Babylone, en Syrie, en Grèce se développait la plus haute culture de l’antiquité, la race nègre végétait dans la barbarie et ne parvenait pas à créer une organisation sociale. Il est important de s’en souvenir et d’attirer sur ce fait l’attention de ceux qui attribuent la condition actuelle du nègre entièrement à 1 influence de l’esclavage. Certes, je ne veux pas dire que l’esclavage soit une condition inhérente a l’organisation des nègres;

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